Chaos créatif et mentalité de croissance au service de la classe

Comment éviter d'éteindre le feu créatif des enfants à l'école? L'enseignante Valérie Poirier partage les stratégies qu'elle met en application.

Comment éviter d'éteindre le feu créatif des enfants à l'école? L'enseignante Valérie Poirier partage les stratégies qu'elle met en application.

La créativité était à l’honneur lors de la 4e édition du Rendez-vous des écoles francophones en réseau (REFER), qui se tenait les 16 et 17 mars 2017 derniers. Petits et grands se sont mobilisés pour y présenter leurs projets créatifs ainsi que pour échanger sur l’importance et la place de la créativité dans la salle de classe.

Lors des après-midis, des intervenants ont présenté des ateliers en lien avec le thème du rassemblement : la créativité. On a pu échanger et se familiariser sur différents sujets tels que le cycle d’apprentissage professionnel, l’apprentissage par l’enquête, la réalité virtuelle et réalité augmentée, les médias sociaux, la formation continue, coding et poésie, le code en mathématiques, la robotique, le sketchnoting, la classe inversée, la création de jeux vidéo, le BreakoutEDU, faire des maths autrement, le suivi sans devoirs ni leçons, l’application Seesaw, Google Cardboard et même plus.

Chaos de créativité

J’ai notamment assisté à l’atelier donné par Mme Valérie Poirier, enseignante d’arts plastiques à la Commission scolaire des Découvreurs. Elle y a invité ses participants à s’ouvrir et se remettre en question.

C’est en constatant que l’école éteignait petit à petit le feu créatif chez ses enfants que Mme Poirier a commencé elle-même à se questionner. Dans son cheminement, elle a découvert un homme reconnu pour son apport à la remise en question du système scolaire actuel, Sir Ken Robinson. Ce dernier estime qu’actuellement, le modèle scolaire est à l’image de l’industrie et répond aux normes de celles-ci. Il questionne énormément ce modèle : pourquoi utiliser l’âge des enfants afin de les regrouper? Pourquoi miser sur la conformité? Pourquoi standardiser les apprentissages à réaliser?

Mme Poirier a mis l’emphase d’ailleurs sur la pensée divergente, dont il fait mention dans l’allocution de Sir Robinson, Changer les paradigmes en éducation, concept essentiel à la créativité. Puisque nous vivons présentement une révolution technologique très rapide, il est fort réaliste d’admettre que les emplois de demain ne seront en aucun cas identiques à ceux de notre époque et que le développement de la créativité chez les adultes de demain est primordial.

Mme Poirier a continué en parlant de l’Échec, trop stigmatisé en contexte scolaire. Pourtant, plusieurs célébrités ont réussi grâce à leur persévérance et leur attitude positive alors qu’ils avaient fait face à l’échec tel qu’on le conçoit généralement. Pensons à Michael Jordan, Walt Disney, Albert Einstein, les Beatles, J.K. Rowling et Thomas Edison : ce ne sont que quelques exemples qui nous ont été présentés. C’est en ayant une « mentalité de croissance » que ces échecs prennent un tout autre sens et mènent vers la créativité.

Mentalité de croissance (growth mindset)

Le « growth mindset » est un terme de plus en plus utilisé en éducation, qu’on traduit en français par « mentalité de croissance ». Valérie Poirier nous a présenté ce concept et des idées afin de l’intégrer à nos pratiques. Elle définit la mentalité de croissance comme étant un état d’âme qui amène l’apprenant, de tout âge, à croire au développement de ses capacités et à voir les défis, les obstacles, les efforts, les rétroactions et les succès des autres comme des alliés à l’atteinte de ses propres objectifs. Elle suggère d’ailleurs sa traduction libre de l’oeuvre de Sylvia Duckworth afin de modifier son schème de pensée vers une mentalité de croissance.

En classe

Dans sa classe, Mme Poirier encourage ses élèves développer une mentalité de croissance : elle les encourage à relever des défis, à ne pas avoir peur de faire des erreurs et à utiliser des stratégies variées afin d’atteindre les tâches à réaliser. Elle utilise d’ailleurs l’enseignement explicite afin de permettre le développement de ces stratégies ainsi de la mentalité de croissance.

Concrètement, elle présente les concepts prescrits à ses élèves afin qu’ils puissent avoir une idée concrète des apprentissages à réaliser, car développer des stratégies peut être très abstrait pour eux. Ils illustrent ces concepts sur leur portfolio/cartable. Ainsi, ils les ont toujours à portée de main. Lorsqu’ils maîtrisent un concept, Mme Poirier demande à ses élèves de l’illustrer, le schématiser ou le représenter au verso de leur portfolio. Ensuite, les apprenants sont invités à présenter leurs apprentissages sur Seesaw, portfolio numérique qu’elle utilise, auquels elle associe des badges une fois le processus de validation de la compréhension complété. Avec l’aide de Seesaw, elle est en mesure d’observer le niveau de compréhension des élèves, de les entendre présenter leurs stratégies et leur compréhension, de valider leur façon de faire, etc. Il est alors possible pour cette enseignante de commenter, de manière écrite ou orale, ce qui est présenté afin de donner une rétroaction efficace et de recueillir des traces en vue d’une éventuelle évaluation des compétences.

Après la classe

En ce qui concerne l’évaluation des compétences, Valérie Poirier insiste sur le fait qu’il faut se faire confiance en tant que professionnel. C’est en se basant sur ses observations, ses connaissances, ses expériences et sur les traces recueillies lors des activités d’apprentissage et d’évaluation qu’il sera possible d’émettre un jugement global quant aux compétences de l’élève.

Inspirante et dynamique

C’est un atelier inspirant qu’aura présenté Mme Poirier. Elle a su démontrer une nouvelle façon de présenter les défis/difficultés/échecs/efforts aux apprenants, petits ET grands. C’est un superbe legs que de partager avec eux les principes de pleine conscience, résilience, croissance et bienveillance, pour les amener à développer confiance et autonomie dans l’expression de leur créativité.

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Par Julie R. Bordeleau, L'École branchée