Classe flexible : « Je suis tellement bien, je me sens comme à la maison »

Ce sont les paroles d’un élève de la classe de Mme Sophie, suite à l’implantation du « flexible seating » (aménagement flexible) dans sa classe. Elle nous raconte.

Écrire un article sur la classe flexible.... Oufff... par où commencer... Il paraît que mon enthousiasme est contagieux alors je me lance!

D’abord, qu’est-ce que la classe flexible? C’est un lieu où on encourage les élèves à adopter différentes positions durant la journée comme marcher, se coucher par terre, bouger, s’asseoir contre un mur, être debout, etc.

Je vis la classe flexible depuis seulement quelques mois, mais j’avais déjà apporté plusieurs changements dans ma classe l’année dernière.

Un groupe d’élèves nombreux et demandant

Mon groupe de 28 élèves de troisième année du primaire était très demandant et grâce à eux (oui oui, GRÂCE à eux!) j’ai dû me remettre en question. Pas toujours facile à faire, mais c’était essentiel à notre survie!

Les questions étaient nombreuses, mais une qui revenait souvent était la suivante :

Pourquoi mettais-je autant d’énergie et de temps à faire de la discipline auprès de plusieurs de mes élèves? La majorité de mes interventions étaient faites auprès des élèves qui passaient leur journée debout, à se promener en classe, à se lever pour aller discuter avec des amis, à être mal assis, à se balancer sur leur chaise. Je m’épuisais à leur dire de s’asseoir correctement, de se taire et d’arrêter de bouger. Je finissais mes journées frustrée et vidée! Je trouvais aussi dommage que mes élèves qui étaient toujours sérieux et à leur affaire m’entendent constamment râler. Ils méritaient de passer des journées agréables et moi aussi!

Sceptique à prime abord, mon instinct me disait d’essayer…

Je me suis mise à fouiller et à lire des articles tous plus redondants les uns que les autres. Puis, je suis tombée sur un article qui vantait les mérites du « flexible seating ». Je vous avouerai que j’étais très sceptique. Je viens quand même de la vieille école où chaque élève a son pupitre, sa chaise, son monde. Mais de toute évidence, ça ne fonctionnait pas avec mon groupe.

Je ne pouvais pas balancer du revers de la main toutes mes convictions, mais mon instinct me disait d’essayer. J’ai donc décidé d’ajouter une table basse et j’ai placé quelques coussins au sol. J’ai installé cette table au beau milieu de la classe. J’ai aussi dégagé une longue table qui servait pour les arts plastiques et j’ai annoncé fièrement que dorénavant, cette table servirait uniquement aux élèves qui désiraient travailler debout. J’ai pris le temps de présenter les tables et leur utilité aux élèves.

J’ai vite dû établir des règles puisque ces changements (la nouveauté, me direz-vous!) étaient extrêmement populaires. Au départ, j’avais l’intention d’inviter (cibler) les élèves qui pouvaient bénéficier de ces nouveaux aménagements. Cependant, j’ai rapidement réalisé que je n’avais nullement besoin de m’en mêler! Les élèves qui en avaient besoin le savaient, le sentaient. J’ai donc décidé de leur remettre entre les mains cette responsabilité. En agissant ainsi, je les rendais responsables de leurs apprentissages.

Mes interventions ont énormément diminué et j’ai pu me concentrer sur le positif! Le plaisir et la fierté pouvaient se lire sur leur visage (et le mien!).

Suite au premier succès, j’ai présenté un plan complet à ma direction

Encouragée par ce mini succès, je me suis mise à faire des recherches concernant les différents sièges et les différentes tables offerts sur le marché. Il y a tout un monde à découvrir! J’ai aussi lu les commentaires et suggestions des enseignants et enseignantes dans le groupe « Aménagement flexible - organisation, gestion et enseignement » sur Facebook (une mine de petits trésors, de photos, de conseils pratiques et de problèmes rencontrés!).

J’ai proposé un plan détaillé à ma direction et celle-ci a appuyé mon projet. C’est avec un brin de courage et une bonne dose d’humilité que je me suis lancée. Les pupitres ont été remplacés par des tables de travail, des planchettes et des cabarets. Quant aux chaises conventionnelles, elles ont été troquées pour des chaises à roulettes, des bancs oscillants, des tabourets, des « bean bags », des chaises berçantes, des banquettes et un tapis! Sur certaines tables, il est possible d’écrire comme sur un tableau blanc. J’ai aussi une table qui s’ajuste en hauteur pour les élèves qui désirent travailler debout.

Cette année, mes élèves choisissent eux-mêmes où ils désirent s’assoir et ce, tous les matins. Ils doivent faire des choix judicieux et si, au cours de la période, ils réalisent qu’ils n’ont pas fait le bon choix, ils peuvent changer de place en tout temps (ce qu’ils font régulièrement). De plus, des changements de place sont prévus dans la journée. Évidemment, je me réserve aussi le droit de les déplacer si je juge que les élèves ne donnent pas le meilleur d’eux-mêmes.

Mon fonctionnement de classe a complètement changé. Mes élèves sont beaucoup plus autonomes et responsables. En les aidant à devenir maîtres de leurs apprentissages, je deviens une enseignante/accompagnatrice. Et j’adore ce rôle. J’ai réalisé que plus je lâchais prise et que je responsabilisais l’élève, plus il se sentait concerné par ses apprentissages. Il devenait plus impliqué et plus motivé.

 

Pas pour ceux qui craignent d’être déstabilisés… quoi que…!

Est-ce que tous les enseignants devraient adhérer à ce nouveau concept? À mon humble avis, non. Cette façon de travailler ne peut être imposée à qui que ce soit. L’enjeu est trop important (autant pour l’élève que l’enseignant). Un enseignant ou une enseignante doit avoir fait un bon examen de conscience et savoir pourquoi il/elle voudrait se lancer (ou non) dans cette aventure. Ces changements peuvent être déstabilisants. Pour moi, cependant, c’est exactement ce dont j’avais besoin!

Je ne retournerais pas en arrière et je suis fière du travail que j'accomplis tous les jours. Plusieurs petits ajustements ont été nécessaires en début d’année scolaire et j’ai dû me remettre en question au quotidien. Et c’est tant mieux! Je suis tellement heureuse de me retrouver dans ma classe tous les matins!

Tous les élèves y trouvent leur compte parce que tous les élèves ont des défis à relever. Tous. L’entraide est mise de l’avant et facilitée par l’aménagement physique des lieux. L’élève ne peut plus vivre dans son petit monde, il doit le partager avec les autres... belle leçon de vie...

« Madame Sophie, je suis tellement bien dans ma classe… »

Dernièrement, un de mes élèves me disait : « Madame Sophie, je suis tellement bien dans ma classe, je me sens comme à la maison ». Cela en dit long sur son bien-être et sur son état d’esprit. Je crois que pour qu’un élève soit disposé à apprendre, il doit être bien. Mission accomplie.

Évidemment, le mobilier d’une classe ne règle pas tous les problèmes reliés aux apprentissages et au comportement, j’en suis très consciente, mais je crois qu’il est important de repenser nos méthodes d’enseignement. La façon d’organiser  physiquement nos locaux de classe n’est qu’une des facettes à explorer.

Le monde de l’enseignement change. Libre à chacun de nous de suivre notre instinct et nos convictions.

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Par Sophie Dunn, l'École branchée