« Être celle qui dérange » : le numérique en classe, contre vents et marées

Avez-vous l’impression qu’intégrer le numérique dans votre classe est impossible, et ce pour toutes sortes de bonnes raisons? Voici le cas d’une enseignante qui en a fait fi!

Remettant en question l’approche traditionnelle de l’enseignement, cette enseignante d’histoire de secondaire 3 et 4 de la Gaspésie souhaitait utiliser les technologies mobiles afin de mobiliser et de motiver davantage ses élèves, natifs de l’ère du numérique. Les ordinateurs du parc mobile étant en demande, elle a privilégié l’approche Apportez votre appareil personnel (Bring your own device). Un sondage lui avait d’ailleurs vite fait réaliser que les élèves disposaient de suffisamment d’appareils à la maison pour en apporter à l’école.

Constituant alors graduellement une banque de contenu (numérique et traditionnel), elle a réalisé des activités pédagogiques que les élèves complétaient dans leur cahier maison. Les cahiers d’activités et les manuels, qui « donnent » selon elle le contenu, furent alors laissés de côté. Certes, elle travaille maintenant plus à l’extérieur des cours, mais peut s’effacer en classe pour laisser la place aux élèves qui ont des responsabilités plus accrues.

 

De nombreux défis à surmonter

Souvent seule dans sa démarche, le manque de soutien et de ressources a représenté pour elle un défi important. Bénéficiant à peine de la présence d’un conseiller, elle a surmonté des épreuves comme l’hétérogénéité des systèmes d’exploitation des appareils grâce à son autonomie, ses lectures et l’emploi de tutoriels.

En l’absence d’infrastructure, il a aussi été long et complexe d’obtenir un réseau sans-fil ainsi qu’un cadre formel balisant sa pratique. Vivre avec l’étiquette de « celle qui dérange », en raison de l’utilisation d’appareils interdits dans les autres classes, a également été un obstacle à gérer.

Craignant des difficultés au niveau de la gestion de classe, elle a su contrer les effets négatifs par la sensibilisation et la signature d’un protocole d’utilisation par les élèves. Elle contrôle d’ailleurs elle-même le routeur, alors chacun se concentre sur ses tâches lorsqu’il accède à Internet.

Ainsi, malgré ces embuches, l’enseignante ne reviendrait pas en arrière. Faisant davantage de liens avec la matière et posant plus de questions, les élèves gagnent en autonomie et sont plus engagés dans leur démarche d’apprentissage. L’objectif ultime est donc atteint.

Son histoire fait partie de l’étude du CEFRIO sur les usages du numérique dans les écoles québécoises. En 2014, le rapport dressait le portrait de cette enseignante qui a osé instaurer une infrastructure technologique sans véritable soutien financier ni technique. Bien qu’il date déjà de quelques années, on a tout de même l’impression que l’histoire pourrait se répéter dans une classe près de chez vous…

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Par Felipe Antaya, L'École branchée