Le 10 mars 2010, Benjamin Bélair, professeur au Département de philosophie du collège Montmorency, publiait la lettre L'école a-t-elle encore besoin de ses professeurs? dans le quotidien Le Devoir. Monique Turcotte, conseillère pédagogique à la retraite, lui répond ici.
Le texte de Benjamin Bélair décrit la situation de l’enseignement au niveau collégial, mais on peut affirmer, sans se tromper, qu’elle s’applique également à l’enseignement secondaire.
C'est vrai que les TIC ont pris beaucoup de place dans le monde des jeunes, y compris à l'école, mais je ne suis pas certaine que les enseignants ont vu venir le coup et s'y sont préparés. Je me souviens de leurs résistances à y avoir recours et à réfléchir à leur intégration harmonieuse dans l'enseignement. Il a fallu des projets particuliers comme Protic pour voir de tels efforts se concrétiser.
Au cours des années 90, j'avais publié un texte, dans Vie pédagogique, que j'avais intitulé : De quels enseignants les élèves d'aujourd'hui ont-ils besoin ? Je le republierais tel qu'il a été écrit, presque à 100%.
En voici l’essentiel.
Je crois que les jeunes qui fréquentent les écoles secondaires ont toujours besoin d’enseignants qui représentent :
Les enseignants qui ont ainsi redéfini leur rôle auprès des jeunes ne peuvent être supplantés par les TIC qui constitueront toujours des ressources formidables dans les apprentissages de tous ordres, mais qui ne pourront égaler en importance l’impact des relations humaines entre les adultes et les jeunes en quête d’eux-mêmes et de leur avenir.
Je ne crois pas que l’organisation de l’enseignement à partir du concept de département favorise ces dimensions de la présence des enseignants auprès des jeunes. Au secondaire comme au collégial, les départements ont souvent été des chasses-gardées du contenu à enseigner : pas beaucoup de place pour l'interdisciplinarité et la transversalité dans ce contexte structurel.
J'aurais préféré - et de loin - des équipes / niveaux qui se seraient soucié d’abord des élèves, de leur cheminement et de leur progrès, de leurs difficultés et de leurs besoins, tout cela analysé par une équipe d'enseignants qui les connaissent tous, dans diverses matières.
Pour enseigner les mathématiques à Jean, disait-on dans les écoles de formation des maîtres, à une autre époque, il faut d’abord connaître Jean. Il faut de toute urgence revenir à une telle donnée fondamentale pour que les jeunes d’aujourd’hui profitent de la compétence de leurs professeurs –ou de leurs enseignants qui auront appris à répondre à leurs besoins, en tenant compte de la société dans laquelle ils évoluent.
Par Monique Turcotte, conseillère pédagogique à la retraite
© Société GRICS, 1999-2012