Québec – Alors que la campagne électorale bat son plein au Québec, plusieurs voix s’élèvent afin de demander au prochain gouvernement de la province de prendre des engagements clairs en matière de technologie.
Le XXIe siècle peut être officiellement baptisé « ère du numérique ». Les innovations et changements se succèdent à un rythme effarant. Le quotidien des jeunes d’aujourd’hui est complètement différent de celui des jeunes d’hier. Le monde du travail a été chamboulé, bouleversé. Il n’y aura plus de retour en arrière. La technologie est bel et bien là pour rester.
Pourtant, au Québec, et même au Canada, aucune politique claire n’a été élaborée pour indiquer de quelle façon le gouvernement entend faire face à la vague électronique, de quelle façon il compte seconder les individus et les entreprises afin qu’ils ne soient pas dépassés par leurs concurrents des autres pays.
La France, par exemple, s’est dotée d’un Plan numérique en 150 actions. L’Angleterre a son agence gouvernementale de promotion de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC), BECTA.
Ici, jusqu’à aujourd’hui, les initiatives ont été sectorielles et éphémères. Il n’existe aucune ligne directrice concernant la connectivité des individus, le branchement des entreprises, le commerce électronique, l’intégration des TIC dans les écoles, etc.
Avec la présente campagne électorale, on aurait pu penser que le sujet sera abordé par les différents partis, d’autant plus qu’il est abondamment question d’économie et que celle-ci est désormais largement influencée par la maîtrise des technologies. Dans son 7e Rapport mondial sur les technologies de l’information le Forum économique mondial (FEM) était catégorique en avril dernier : « Plus un pays est ouvert au développement et à l’usage des TIC, plus son produit intérieur brut (PIB) par habitant est élevé. »
Silence numérique
Jusqu’à maintenant, seuls, le Parti libéral du Québec et l’Action démocratique du Québec ont annoncé qu’ils entendaient faire de Québec une ville branchée sans fil.
Autrement, c’est le néant en ce qui a trait au déploiement des technologies au Québec. Rien sur le numérique à l’école, rien pour l’avenir du Centre national des nouvelles technologiques de Québec, rien sur le branchement des familles, rien pour les régions du Québec qui n’ont toujours pas accès à Internet.
« Aucun des partis n’a abordé cette question de front », déplore le Regroupement des producteurs multimédia (RPM) du Québec.
L’organisation croit qu’en 2008, l’accès à un réseau haute vitesse « devrait être un service d’utilité publique de base, au même titre que le téléphone et l’électricité ». Nous sommes bien d’accord.
Carl-Frédéric De Celles, président de l’entreprise iXmédia à Québec et président de TechnoCompétences, le comité sectoriel de l’emploi et de la main-d’œuvre dans le secteur des technologies de l’information lance également un cri d’alarme.
« Les gouvernants et les penseurs des ministères sont à côté de la coche » (sic), affirme-t-il dans un article publié dans le quotidien Le Soleil.
Selon lui, le gouvernement, comme de nombreuses entreprises, n’a toujours pas compris l’importance de la technologie dans le monde d’aujourd’hui et cela pourrait se retourner contre eux.
Les jeunes « ont la planète à leur portée et ils n’iront jamais travailler dans des milieux qui coupent l’ouverture sur le monde et résistent aux changements », soutient-il. Il indique que « les employeurs devront adapter leur mode de gestion », que l’école « devra revoir ses méthodes ».
Nous l’avons souvent affirmé sur l’Infobourg. . L’intégration des TIC dans les écoles se fait lentement et trop d’éducateurs en ont encore peur. Mais, les jeunes n’attendent pas, ils utilisent les technologies quotidiennement. Pour eux, elles font partie du monde et celui-ci n’a jamais existé sans elle.
« Sans vision globale, les représentants de l’État demeureront des immigrants incompris et incapables de s’intégrer dans l’écosystème habité par les natifs du numérique », affirme tout simplement M. De Celles.
D’ailleurs, il n’y a pas que les jeunes. Tout le monde semble désormais branché. Plus de 4,4 millions d’adultes québécois utilisent Internet régulièrement (dont un million fréquente les blogues, wikis et autres réseaux sociaux).
En septembre 2008, les Québécois ont dépensé 304 millions $ pour des achats en ligne, dont la moitié sur des sites étrangers…
Le gouvernement, lui, demeure débranché.
Mais, les Québécois sont en droit de demander à leur prochain gouvernement une stratégie claire et précise en matière de technologie. Qui leur répondra?
Pour aller plus loin :
-Un collectif, visant à doter le Québec d’un plan numérique, a vu le jour récemment. Le plan qui sera éventuellement proposé au gouvernement est en cours d’élaboration sur un wiki. Tout citoyen intéressé à participer peut en faire la demande.
-L’organisme FACIL a publié le Pacte du Logiciel Libre et invite les candidats aux élections à se prononcer en faveur de l’utilisation des logiciels libres dans les administrations et institutions publiques.
Par Martine Rioux, APP
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