Campagne électorale et éducation : le dernier droit

Mercredi, 3 décembre, 2008 - 01:00

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Québec – Soutien plus prononcé à l’école montréalaise, engagement envers l’éducation aux adultes, élaboration d’une politique nationale de l’éducation publique… les organisations continuent de faire part de leurs revendications, mais l’éducation n’est pas au cœur de la campagne électorale.

Détail: 



L’éducation constituait l’un des quatre grands thèmes abordés au cours de la soirée de débat électoral du 25 novembre 2008. Il était permis de s’attendre à un peu d’enrobage autour des plateformes déjà annoncées des trois grands partis (Action démocratique du Québec, Parti libéral du Québec et Parti québécois). Il n’en fut rien.

Mario Dumont a parlé de sa priorité numéro un : « rebâtir nos écoles », sans illustrer davantage cette expression maintes fois répétée pendant la présente campagne. Pauline Marois a reconnu que « les enseignants crient au secours ». Elle a parlé de diminuer le nombre d’élèves par classe (tout comme Jean Charest) et de limiter le nombre d’élèves en difficulté dans les classes. Jean Charest a rappelé les actions passées de son gouvernement : une heure et demie de plus de classe par semaine, plus d’activité physique, l’anglais dès la première année, etc.

Pauline Marois s’est dite d’accord avec certains engagements de Mario Dumont, notamment en matière de lutte au décrochage scolaire. Cependant, elle a indiqué « que cela n’est pas réalisable aussi vite que souhaité ». Jean Charest a parlé d’investissement de 120 millions $ en éducation, alors que sa plateforme annonce plutôt 220 millions $. Mario Dumont a reproché à Jean Charest d’avoir seulement « corrigé des petits bouts » de la réforme depuis son arrivée au pouvoir.

Bref, rien de nouveau ni de concret. Le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, André Caron, a d’ailleurs fait remarquer avec justesse que l’éducation préscolaire, primaire et secondaire avait été « reléguée au rang de clichés électoraux et de généralités ». Il ajoute : « De toute évidence, l’éducation n’est pas une priorité pour nos politiciens et c’est très inquiétant ».

De son côté, après avoir fait des revendications avant le débat, l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA) effectue un suivi et une évaluation des engagements des partis politiques en éducation et en formation des adultes. Un premier bulletin avait été publié le 24 novembre, un deuxième est paru le 1er décembre.

Pour bâtir le « bulletin » des partis politiques, l’ICÉA s’appuie sur sa déclaration, intitulée « En contexte économique difficile, il faut miser sur l’éducation et la formation des adultes ». Jusqu’à maintenant, ce sont Québec Solidaire et le Parti québécois qui ont le mieux répondu aux attentes de l’organisation.

Par ailleurs, plusieurs groupes ont choisi de s’unir afin de formuler différentes demandes aux partis politiques. Une stratégie qui donne du poids aux revendications, mais qui n’a pas réussi à faire sortir les chefs de partis de façon claire et précise jusqu’à présent.

Ainsi, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), le Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal (SEOM) et le Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Ile (SEPI) ont interpellé les chefs de partis et les candidats de l’île de Montréal afin de connaître « les moyens qu’ils entendent mettre en place pour soutenir l’école publique montréalaise ».

Les porte-parole de cette coalition ont demandé aux partis politiques de se prononcer sur « la stratégie en trois axes » : la prévention (ouverture de maternelle 4 ans), l’intégration (sociale et linguistique dans les classes d’accueil et de francisation aux adultes) et l’intervention (embauche de personnel pour aider les élèves en difficulté).

Ils demandent également de ramener le Programme de soutien à l’école montréalaise « à sa mission initiale de soutien aux écoles défavorisées de Montréal en priorisant des services directs aux élèves au lieu de soutenir l’implantation de la réforme ».

Par ailleurs, onze organisations syndicales et étudiantes, représentant un demi-million de personnes qui travaillent ou qui étudient dans le réseau de l’éducation, du préscolaire à l’université, ont publié le manifeste « Faire de l’éducation publique la priorité nationale du Québec ».

Les membres du regroupement reconnaissent que « des pas de géant ont été accomplis en matière de scolarisation et d’accès à une éducation de qualité », depuis l’implantation de la réforme. « Cependant, sous l’impulsion des tenants de l’idéologie néolibérale, du dogme du déficit zéro et de la déresponsabilisation de l’État, le projet éducatif démocratique du Québec est gravement menacé depuis plusieurs années ».

Ils proposent donc dix orientations pour que l’éducation publique redevienne une priorité au Québec. Cela va de « se donner les moyens de combattre l’échec scolaire » à « consolider un réseau national des cégeps », en passant par « développer l’accès à l’éducation des adultes et à la formation continue » et « reconnaître et valoriser le personnel de l’éducation ». À notre connaissance, aucun des grands partis n’a « accusé réception » de ces demandes dans les médias.

Avec tout ceci, force est d’admettre que l’éducation est bien loin dans les agendas politiques. La leçon à tirer : n’attendez pas après les autres. Vous savez mieux que quiconque ce dont votre milieu a besoin. Essayez de changer les choses à votre façon, tout simplement, même si ce n’est qu’à petits pas.


Ajout :
La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) rappelle que la question de l’intégration des élèves en difficulté dans les classes dites ordinaires est un enjeu incontournable qui doit être abordé par les partis politiques.


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Par Martine Rioux, APP

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