Lorsquelle est entrée en poste comme directrice de lécole primaire Notre-Dame-du-Canada à Québec en 2001, Madeleine Piché a été renversée par le climat malsain qui régnait dans létablissement. Avec détermination, elle a entrepris de transformer son école. Et ça a fonctionné!
« Sanctionner continuellement les mauvais comportements, donner à outrance des "arrêts", des signatures au passeport, attribuer sans relâche des retenues, surtout aux élèves en difficulté, conduit à une surenchère disciplinaire », croit fermement Mme Piché.
Dailleurs, dans son école, aucun adulte nest perçu comme un « sanctionnaire » aux yeux des élèves. « Ici, on fait confiance aux enfants. On récompense tous les bons coups plutôt que de noter uniquement leurs mauvais coups. Au bout du compte, les jeunes sautodisciplinent et ils nous en remercient ».
La méthode mise en place par Madeleine Piché et son équipe est celle de lencadrement par privilèges. Mais, attention, dit-elle à ceux qui seraient tentés de limiter, il ne sagit pas dune « recette miracle ». « Ça demande du temps et un suivi constant. Il faut y mettre beaucoup dénergie et y croire vraiment ».
À preuve, le système est en constante évolution, même après six années dapplication dans son école. « Il faut sajuster selon les besoins, les situations rencontrées. Rien nest coulé dans le béton et cest ce qui fait lefficacité du système », affirme-t-elle.
Les adultes donnent du temps
Au quotidien, il sagit doctroyer des « coupons privilèges » aux élèves qui respectent les règles de vie de lécole et qui se démarquent par leur bonne attitude et un comportement adéquat. Ils peuvent recevoir un coupon à tout moment, il suffit quun intervenant dans lécole juge quils le méritent.
Par exemple, en automne, on récompensera les élèves qui viennent à lécole avec leurs bottes dhiver dès les premières neiges, plutôt que davertir ceux qui continuent à chausser leurs espadrilles. Un grand du 3e cycle qui aide un petit de maternelle à se vêtir pour la récréation pourrait aussi mériter un coupon.
Puis, six fois dans lannée scolaire, les élèves magasinent des « activités privilèges » dans un catalogue, en fonction du nombre de coupons quils ont amassés. Il sagit essentiellement dactivités spéciales organisées par des enseignants, des parents ou même des organismes communautaires du quartier.
En début dannée scolaire, ces adultes et partenaires déterminent un thème ou une activité quils désirent réaliser avec des élèves. Celle-ci est alors inscrite au catalogue. Se faire faire une coiffure de princesse par la directrice, participer à un dîner jeux vidéo, aller voir les petits à la garderie du coin, être assistant de la secrétaire, aller à la piscine en sont des exemples.
« Ce ne sont pas des activités extraordinaires. Il sagit davantage pour les adultes de passer un bon moment avec les jeunes, davoir une relation moins hiérarchique avec eux. Les jeunes se sentent valorisés, ils ont tous accès aux activités, peu importe leurs résultats aux examens ».
À sa connaissance, aucun élève na cherché à profiter du système. « Pour les jeunes, cela va de soi. Ils ne déploient pas de stratégie pour obtenir plus de coupons. Ils savent quils en reçoivent lorsquils le méritent ».
Améliorations notoires
Depuis limplantation du programme, les améliorations ont été considérables dans lécole, notamment par la diminution des actes dintimidation, des agressions verbales et des bousculades.
« Un climat de respect sest définitivement installé dans lécole, autant entre les élèves et les adultes quentre les élèves eux-mêmes. Les nouveaux qui arrivent chaque année entrent rapidement dans le système. Sinon, ils se le font dire par les autres. Et puis, les enseignants, eux, passent plus de temps à enseigner quà faire de la gestion de classe, ce qui nétait pas le cas auparavant », soutient Mme Piché.
Ces dires ont été validés dans le cadre dune recherche réalisée conjointement par son école et le Centre jeunesse de Québec – Institut universitaire, de septembre 2005 à janvier 2007. Pour obtenir un exemplaire du rapport, écrivez à
information@ecole-privileges.qc.ca.
« Cette étude a permis de dresser le portrait du climat de lécole, de montrer que ça fonctionne lorsque les conditions favorables sont réunies, comme ladhésion de toute léquipe-école, la constance dans la remise des coupons et, la plus importante de toutes, la formation dun Comité privilège qui assure un suivi serré », fait remarquer Mme Piché.
Elle souhaite maintenant aller voir plus loin, en étudiant limpact du système plus précisément sur les élèves en trouble dapprentissage ou de comportement, notamment au niveau de leur réussite académique et de leur estime de soi. Un autre rapport est donc à venir au cours des prochaines années.
Adaptable à dautres écoles
Mme Piché est également convaincue que le système dencadrement par privilèges mis au point dans son école pourrait très bien servir à améliorer le climat dans dautres écoles, et pas uniquement dans des quartiers défavorisés comme le sien.
« Dans les milieux aisés, les jeunes sont plus souvent habitués à recevoir des récompenses matérielles. Notre système offre des récompenses sous forme de temps, de valorisation. Des adultes acceptent de passer du temps avec les jeunes pour leur partager une passion », affirme Mme Piché.
Elle croit aussi que le système pourrait fonctionner dans une école secondaire. « Les ados aussi ont besoin de modèles à suivre, dexemples de réussite, ils ont besoin que lon souligne leurs comportements positifs tout autant que les jeunes du primaire ».
« Dans le fond, nous navons rien inventé. Nous transmettons tout simplement des valeurs humaines aux jeunes et cela pourrait transformer leur vie », ajoute-t-elle.
En conclusion, Madeleine Piché insiste : « Le programme dencadrement par privilèges nest pas une solution miracle, mais il est certain que le système traditionnel punitif mène tout droit dans un cul-de-sac. Oui, cest important davoir des cadres et des conséquences pour ceux qui ne le respectent pas. Mais, ça prend aussi un autre système qui agit en parallèle, qui compense pour la lourdeur du système traditionnel et qui, surtout, fait ressortir les bons coups de chacun ».
Elle termine : « Le respect ne se gagne pas par la peur de lautre. Il faut se défaire de cette notion de pouvoir qui prime encore dans les écoles. Ainsi, on pourra transformer léducation ».
Par Martine Rioux, APP
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