Quel enseignant na jamais remarqué la motivation accrue de ses élèves lorsquils utilisent les TIC en classe dans le cadre dune activité dapprentissage? Nen est-il pas de même quand ils complètent une activité dapprentissage dans un milieu naturel? Et si on mariait les deux milieux pour créer le concept dordinatie tempérée? On obtiendrait une situation dapprentissage pour permettre lintégration des TIC en passant par le milieu naturel des élèves!
Par Christian Côté, collaboration spéciale*
(NDLR : Pour revoir la définition de ce quest lordinatie, lisez ou relisez
le premier texte de Christian Côté, publié dans Carrefour éducation le 27 avril 2007.)
Lintérêt de lapprenant moderne pour les TIC, identifié dans de nombreuses recherches (Warschauer, 1996; Schank et Cleary, 1995; Laferrière et all., 1999; Gardner, 2000; OCDE, 2001; Martel, 2002; OCDE, 2005), représente un élément important de sa motivation. Un autre facteur peut aussi influencer sa motivation, il sagit de lutilisation du milieu naturel pour réaliser certaines activités denseignement. Les recherches (Louv, 2005; McKenzie, 2000) dénotent aussi cette motivation de lapprenant en fonction du milieu naturel utilisé.
Dans le contexte de cet article, ladjectif « tempérée » de lexpression ordinatie tempérée implique linfluence du milieu naturel dans lordinatie de tous les jours. Par conséquent, une activité dordinatie tempérée regroupe lutilisation des TIC avec des données provenant dun milieu naturel (dans notre cas, la cour décole). Il sagit en quelque sorte de lhumanisation de lapproche artificielle que présente le monde virtuel. Technologie et environnement : une combinaison gagnante que les apprenants daujourdhui incluent déjà dans leurs champs dintérêt..
Un exemple dordinatie tempérée
Ce concept théorique retrouve toute sa logique lorsquon analyse des activités développées dans cette optique. Prenons lexemple suivant : un enseignant utiliserait la cour de son école pour faire récupérer des données par ses élèves. Ensuite, il leur demanderait de les traiter à lordinateur en sciences naturelles ou en mathématique, entre autres. Les caractéristiques physiques et environnementales de cette cour permettraient la récolte de données comme des mesures et des quantités pour létablissement de graphiques, tableaux et statistiques.
Lapprenant pourrait aussi récolter des informations à laide de caméras numériques, caméscopes numériques, appareils denregistrement audio ou microscopes numériques pour monter des projets présentés en balado, balado amélioré et balado vidéo. Ces récoltes de données permettraient de créer un blogue ou un wiki permettant aux apprenants du monde entier de visualiser le tout et de réagir à leur tour.
Il ny a quune seule limite à de tels projets : limagination de lenseignant ou des apprenants. Afin de maximiser cette ordinatie tempérée, des scénarios dapprentissage pourraient être partagés entre les enseignants et leurs confrères. On peut aussi croire quun aquarium, un vivarium ou une serre pourrait figurer sur la liste des lieux où des données naturelles seraient récoltées.
Quel impact?
Maintenant, quel pourrait être limpact de cette ordinatie tempérée sur léducation actuelle? Une réponse valable à cette question doit considérer les deux points suivants : 1) lintégration réelle des TIC comme outil dapprentissage; 2) lintégration du milieu naturel comme outil dapprentissage.
Le premier point, soit lintégration réelle des TIC comme outil dapprentissage, est toujours en développement. Une utilisation idéale des technologies informatiques exige que loutil, qui facilite la vie de lutilisateur, devienne transparent. Il sagit dun principe quon oublie dans plusieurs projets, où loutil est encore la raison dêtre du projet et non le processus lui-même. Il y a enseignement de loutil, au lieu de considérer celui-ci comme le moyen invisible de réaliser ce que lon veut obtenir. Une activité dordinatie tempérée permet donc de faire disparaître loutil pour se concentrer sur la valeur réelle des données récoltées dans un contexte dapprentissage.
Le second point, soit lintégration du milieu naturel comme outil dapprentissage, retrouve toute sa force lorsque lon observe les inquiétudes actuelles de la société. Dans les médias, on parle dune société de plus en plus technocrate, de plus en plus obèse et passive, et de plus en plus concernée envers les problèmes environnementaux, mais en même temps de moins en moins consciente de son environnement immédiat.
Richard Louv, un journaliste qui sest intéressé à cette question, précise que : «…in the last 30 years,… , children of the digital age have become increasingly alienated from the natural world, with disastrous implications, not only for their physical fitness, but also for their long-term mental and spiritual health». Dans son livre, The last child in the Wood (2005), Louv présente le concept de nature deficit disorder (NDD), comme étant la réalité des apprenants de notre époque. De nombreux facteurs conduisent à cette observation. Soulignons seulement léloignement des écoles de leur milieu naturel dans leurs activités régulières. Par conséquent, une activité dordinatie tempérée comble cette lacune en permettant à lapprenant de mieux connaître son milieu naturel par la récolte de données, traitées par la suite à laide des TIC.
En fin de compte, ce que nous désirons pour les apprenants consiste à former des citoyens responsables et autonomes qui pourront naviguer sans difficulté dans cette ère dinformation pour le bien de notre planète. Le système scolaire actuel reste à ajuster et sa vitesse de réaction est encore bien lente aux pressions actuelles. Cependant, en réalisant des activités motivantes et significatives dans leur monde, les apprenants pourront créer cet élan de transformations pédagogiques qui combleront leurs besoins pour les années à venir.
* Christian Côté est conseiller pédagogique en cyberpédagogie des TICE au
Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique.
Linfobourg survole quotidiennement pour vous lactualité en éducation et fait trois fois par semaine son Top 5 des blogues en éducation.