L’ordinatie tempérée… ou l’intégration des TIC en passant par la cour d’école

Mercredi, 6 juin, 2007 - 00:00

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Quel enseignant n’a jamais remarqué la motivation accrue de ses élèves lorsqu’ils utilisent les TIC en classe dans le cadre d’une activité d’apprentissage? N’en est-il pas de même quand ils complètent une activité d’apprentissage dans un milieu naturel? Et si on mariait les deux milieux pour créer le concept d’ordinatie tempérée? On obtiendrait une situation d’apprentissage pour permettre l’intégration des TIC en passant par le milieu naturel des élèves!

Par Christian Côté, collaboration spéciale*

(NDLR : Pour revoir la définition de ce qu’est l’ordinatie, lisez ou relisez le premier texte de Christian Côté, publié dans Carrefour éducation le 27 avril 2007.)

L’intérêt de l’apprenant moderne pour les TIC, identifié dans de nombreuses recherches (Warschauer, 1996; Schank et Cleary, 1995; Laferrière et all., 1999; Gardner, 2000; OCDE, 2001; Martel, 2002; OCDE, 2005), représente un élément important de sa motivation. Un autre facteur peut aussi influencer sa motivation, il s’agit de l’utilisation du milieu naturel pour réaliser certaines activités d’enseignement. Les recherches (Louv, 2005; McKenzie, 2000) dénotent aussi cette motivation de l’apprenant en fonction du milieu naturel utilisé.

Dans le contexte de cet article, l’adjectif « tempérée » de l’expression ordinatie tempérée implique l’influence du milieu naturel dans l’ordinatie de tous les jours. Par conséquent, une activité d’ordinatie tempérée regroupe l’utilisation des TIC avec des données provenant d’un milieu naturel (dans notre cas, la cour d’école). Il s’agit en quelque sorte de l’humanisation de l’approche artificielle que présente le monde virtuel. Technologie et environnement : une combinaison gagnante que les apprenants d’aujourd’hui incluent déjà dans leurs champs d’intérêt..

Un exemple d’ordinatie tempérée
Ce concept théorique retrouve toute sa logique lorsqu’on analyse des activités développées dans cette optique. Prenons l’exemple suivant : un enseignant utiliserait la cour de son école pour faire récupérer des données par ses élèves. Ensuite, il leur demanderait de les traiter à l’ordinateur en sciences naturelles ou en mathématique, entre autres. Les caractéristiques physiques et environnementales de cette cour permettraient la récolte de données comme des mesures et des quantités pour l’établissement de graphiques, tableaux et statistiques.

L’apprenant pourrait aussi récolter des informations à l’aide de caméras numériques, caméscopes numériques, appareils d’enregistrement audio ou microscopes numériques pour monter des projets présentés en balado, balado amélioré et balado vidéo. Ces récoltes de données permettraient de créer un blogue ou un wiki permettant aux apprenants du monde entier de visualiser le tout et de réagir à leur tour.

Il n’y a qu’une seule limite à de tels projets : l’imagination de l’enseignant ou des apprenants. Afin de maximiser cette ordinatie tempérée, des scénarios d’apprentissage pourraient être partagés entre les enseignants et leurs confrères. On peut aussi croire qu’un aquarium, un vivarium ou une serre pourrait figurer sur la liste des lieux où des données naturelles seraient récoltées.

Quel impact?
Maintenant, quel pourrait être l’impact de cette ordinatie tempérée sur l’éducation actuelle? Une réponse valable à cette question doit considérer les deux points suivants : 1) l’intégration réelle des TIC comme outil d’apprentissage; 2) l’intégration du milieu naturel comme outil d’apprentissage.

Le premier point, soit l’intégration réelle des TIC comme outil d’apprentissage, est toujours en développement. Une utilisation idéale des technologies informatiques exige que l’outil, qui facilite la vie de l’utilisateur, devienne transparent. Il s’agit d’un principe qu’on oublie dans plusieurs projets, où l’outil est encore la raison d’être du projet et non le processus lui-même. Il y a enseignement de l’outil, au lieu de considérer celui-ci comme le moyen invisible de réaliser ce que l’on veut obtenir. Une activité d’ordinatie tempérée permet donc de faire disparaître l’outil pour se concentrer sur la valeur réelle des données récoltées dans un contexte d’apprentissage.

Le second point, soit l’intégration du milieu naturel comme outil d’apprentissage, retrouve toute sa force lorsque l’on observe les inquiétudes actuelles de la société. Dans les médias, on parle d’une société de plus en plus technocrate, de plus en plus obèse et passive, et de plus en plus concernée envers les problèmes environnementaux, mais en même temps de moins en moins consciente de son environnement immédiat.

Richard Louv, un journaliste qui s’est intéressé à cette question, précise que : «…in the last 30 years,… , children of the digital age have become increasingly alienated from the natural world, with disastrous implications, not only for their physical fitness, but also for their long-term mental and spiritual health». Dans son livre, The last child in the Wood (2005), Louv présente le concept de nature deficit disorder (NDD), comme étant la réalité des apprenants de notre époque. De nombreux facteurs conduisent à cette observation. Soulignons seulement l’éloignement des écoles de leur milieu naturel dans leurs activités régulières. Par conséquent, une activité d’ordinatie tempérée comble cette lacune en permettant à l’apprenant de mieux connaître son milieu naturel par la récolte de données, traitées par la suite à l’aide des TIC.

En fin de compte, ce que nous désirons pour les apprenants consiste à former des citoyens responsables et autonomes qui pourront naviguer sans difficulté dans cette ère d’information pour le bien de notre planète. Le système scolaire actuel reste à ajuster et sa vitesse de réaction est encore bien lente aux pressions actuelles. Cependant, en réalisant des activités motivantes et significatives dans leur monde, les apprenants pourront créer cet élan de transformations pédagogiques qui combleront leurs besoins pour les années à venir.

* Christian Côté est conseiller pédagogique en cyberpédagogie des TICE au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique.

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