Le prophète du passé

Mercredi, 29 octobre, 2008 - 00:00

Classification de ce billet
Niveaux pédagogiques: -

Disciplines: -

Mots-cles:
Sommaire: 

Québec – L’histoire ne s’enseigne pas de la même façon que la chimie et les mathématiques. Enseigner l’histoire, c’est pratiquement un art, selon l’historien Jacques Lacoursière. Ce faisant, cela devient aussi un métier dangereux !

Détail: 



L’histoire est une matière vivante, qui comporte son lot d’émotions. La vision de l’histoire de celui qui l’enseigne dépendra de son passé, de l’interprétation qu’il en fait.

« L’histoire peut être constituée de faux souvenirs, peut servir à nourrir de vieilles plaies, peut contribuer à embellir des événements passés », dit M. Lacoursière. Bref, objectivité et subjectivité se chevauchent constamment lorsqu’il est question du passé.

« Les enseignants d’histoire ont un énorme pouvoir entre les mains. Donnez-moi une classe et, en un mois, je peux faire des révolutionnaires, des démocrates ou des personnes amorphes avec les élèves » fait-il remarquer. Force est d’admettre qu’il a probablement raison.

Les jeunes adorent l’histoire. Ils veulent savoir ce qui s’est passé avant eux, pourquoi ils sont ici aujourd’hui. Ils ont envie de savoir, mais il existe un danger face à ce désir de connaître. Leur vision du passé sera teintée par celle de leur enseignant, peu importe qu’elle soit biaisée ou non.

« L’enseignant ne doit pas faire passer ses idées avant les faits historiques », rappelle alors M. Lacoursière. Ce faisant, il flirte avec le risque de présenter une Histoire tout à fait aseptisée à ses élèves, une histoire sans saveur qui perdra de l’intérêt. « L’enseignant d’histoire est piégé ! ».

Être honnête
Dans ces conditions, comment arriver à enseigner l’histoire sans perdre la face ? « Soyez honnêtes, ayez l’indécence de l’émotion », affirme l’historien. Il suggère ainsi aux enseignants de présenter leur point de vue personnel sur un événement ou une situation, puis de donner les autres opinions qui circulent ou ont circulé sur le sujet.

Les élèves auront alors l’occasion de développer un certain esprit critique, d’analyser les diverses options et de se forger leur propre avis. Ils pourront interpréter le passé en disposant d’un état juste de la situation, en évitant de copier-coller une idéologie ou une autre.

Par-dessus tout, il invite les enseignants d’histoire à sortir du cadre chronologique pour « raconter » le passé à leurs élèves. « Dépassez le manuel. Oui, il y a de la matière à faire passer, mais il y a aussi un goût pour l’histoire à développer et à maintenir. Il est possible de donner un spectacle. Déguisez-vous ! Faites vivre l’histoire dans votre classe ! », s’exclame-t-il.

L’emploi d’anecdotes est un excellent moyen, selon lui, de captiver les jeunes. « Tout le monde peut se souvenir par cœur que Montréal a été fondé en 1642. Mais, qui sait pourquoi le lieu a été baptisé Ville-Marie à l’époque ? » De fait, cette information peut être très pertinente et surtout plus intéressante qu’une simple date.

M. Lacoursière invite d’ailleurs les enseignants d’histoire à parfaire leurs connaissances de la matière. « Si vous n’en savez pas plus que ce qui est écrit dans le manuel, je vous invite à prendre une retraite anticipée. Vous ne pouvez pas tout savoir, mais vous devez posséder une solide culture générale. »

Insérés dans l’histoire
Faire une lecture adéquate de l’histoire consiste à tisser des liens entre les différents événements du passé. Mais, pour que l’histoire ait du sens aux yeux des élèves, il est également essentiel de « partir du présent pour retourner dans le passé ».

« Insérez les jeunes dans l’histoire. Ils doivent sentir qu’ils sont des continuateurs du passé », dit M. Lacoursière. En ce sens, il soutient que la généalogie devrait être davantage exploitée dans les cours d’histoire. Par la référence à leurs ancêtres, les jeunes se sentiront davantage concernés, intégrés dans l’histoire.

Cet élève dont le nom de famille est Hébert, sait-il que le premier homme à s’établir à Québec fut un certain Louis Hébert ? Qu’il était apothicaire ? Qu’il était arrivé en Nouvelle-France avec sa femme et ses trois enfants ?

De plus, des traces du passé subsistent dans le présent. Comme sujet de recherche, pourquoi ne pas inciter les élèves « à sortir des grands événements de l’histoire » ? Ils pourront ainsi faire revivre des événements moins connus, mais tout aussi importants.

Qui se souvient que le village de Kamouraska se nommait Pincourt et que les soldats de Wolfe y avaient fait des ravages avant la célèbre bataille des Plaines d’Abraham ? Chaque ville et village du Québec a sa petite histoire qui mérite d’être racontée.

Dans ce contexte, la chronologie devient secondaire, mais l’histoire combien plus passionnante !


« Un vrai livre d’histoire devrait se lire comme un bon roman. » - Jacques Lacoursière


Lors de son allocution, Jacques Lacoursière s’adressait aux enseignants réunis pour le Congrès 2008 de l’univers social de l’Association québécoise pour l’enseignement en univers social.

Idéal à atteindre
La vision de l’enseignement de l’histoire de M. Lacoursière peut paraître idyllique. « Malgré toutes les bonnes intentions du monde, la routine reprend rapidement le dessus dans une salle de classe. Il y a de la discipline à faire, de la matière spécifique à passer en vue des examens ministériels. L’horaire est réglé à la minute près », soulignait quelques heures plus tard, Mark Perry, enseignant d’histoire au Hampton High School au Nouveau-Brunswick, lors d’une présentation au Sixième congrès biennal sur l’enseignement, l’apprentissage et la communication de l’histoire.

M. Perry a quand même réussi à démontrer qu’il est possible d’intéresser les jeunes à l’histoire tout en leur permettant d’atteindre certains objectifs. L’an dernier, ses élèves de 11e année ont choisi un nom figurant sur le Monument national aux morts de la guerre, situé dans leur ville. Ils ont obtenu le dossier de leur soldat auprès des Archives nationales du Canada et ils ont reconstitué l’histoire de chacun de ces hommes morts au cours de la Première Guerre mondiale. Ils ont même publié un livre regroupant tous leurs récits.

Cette année, d’autres élèves sont en voie de reconstituer l’histoire de soldats ayant pris part à la Deuxième Guerre mondiale. Ce faisant, ils sont en train d’écrire une partie de l’histoire de leur communauté.

Nous invitons les enseignants d’histoire à nous faire part de leurs trucs pour raconter l’histoire à leurs élèves et les amener à s’impliquer activement dans leurs cours.

Par Martine Rioux, APP



Infobourg survole quotidiennement pour vous l'actualité en éducation.

© Société GRICS, 1999-2009