Montréal - En cette véritable ère de révolution technologique, la pédagogie se doit d’être au centre des préoccupations en milieu scolaire. Et que dire des supports ? L’omniprésence d’Internet comme fenêtre sur le monde et comme source infinie d’information est d’un potentiel inouï. Mais cela, non sans exposer les élèves et les enseignants à certaines difficultés...
Au cours de la dernière décennie, le monde pédagogique s’est vu obligé de s’accommoder aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Dès lors, pour mieux relier la réalité de l’enseignant à celle de l’élève dans l’optique absolue de la réussite scolaire, il a fallu repenser l’éducation. Parmi les nombreux aspects soulevés, on peut faire la lumière sur quelques-uns…
Mario Asselin, directeur général Opossum, apprentissage et nouvelles technologies, soutient que le problème fondamental en est un d’accent…
Il s’explique en s’appuyant sur les dires de Mark Prensky, un Américain ayant développé une théorie du nom de Digital Native, Digital Immigrant, voulant que les jeunes de quinze ans et moins soient des natifs de l’Internet et que les autres soient des immigrants.
« Ces jeunes se lèvent le matin et commencent déjà à produire du contenu sur Internet dans leurs multiples usages. Ils vont également peser sur un paquet de pitons à la maison, ne serait-ce que le micro-ondes ou le grille-pain et ils obtiennent généralement des réponses instantanées à leurs gestes », indique-t-il.
Par contre, lorsque ces jeunes arrivent à l’école, ils rencontrent un être humain qui s’appelle « professeur ». « Ils cherchent le piton. Il est difficile à trouver. La machine ne fonctionne pas tout à fait comme les autres et l’on réussit plus difficilement à trouver des réponses. C’est là qu’on commence à avoir des problèmes de communication », image-t-il.
M. Asselin participait à une soirée conférence « École, apprentissage et nouvelles technologies », organisée par l’entreprise d’aide aux devoirs, Succès scolaire. Il était accompagné de Denis Bédard, professeur titulaire à la faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke et directeur du Centre d’études et de recherche en enseignement supérieur (CERES).
M. Bédard a rappelé que les jeunes ne sont pas du tout intimidés d’apprendre au moyen des TIC. Ils sont plutôt motivés et stimulés par cette forme d’apprentissage. « Ils peuvent contrôler l’environnement. Ils possèdent les outils pour le maîtriser », enchaîne-t-il.
Le rôle de l’enseignant change
M. Bédard reconnaît que, bien souvent, l’enseignant se trouve dépassé par la technologie. Il en vient donc à se demander comment il pourrait aider quelqu’un de plus autonome que lui à développer son autonomie…
« On connaît des changements dans le paradigme de l’apprentissage où l’enseignant détient les connaissances et les partage, lequel tend désormais vers un nouveau paradigme où il se trouve au même niveau que les élèves, se révélant une parmi les sources d’information », mentionne-t-il.
Bref, avec l’utilisation des TIC, il faut repenser le rôle de l’enseignant. « Celui-ci doit ancrer la construction de connaissances dans des contextes », ajoute-t-il.
En naviguant, sur Internet, par exemple, les jeunes trouvent des informations multiples. Par contre, cette quantité d’information est souvent placée hors contexte. Il devient important d’organiser ces informations pour qu’elles aient du sens.
« La masse d’information sur Internet, il faut la gérer. Sinon, on risque de se retrouver avec beaucoup de connaissances acquises, lesquelles ne sont pas nécessairement ancrées dans une réalité particulière ».
Une construction commune
Les deux experts se disent très optimistes envers l’introduction des TIC dans l’enseignement. « C’est un monde où il y a beaucoup d’interactivité. Je suis fasciné de voir à quel point les jeunes s’engagent dans cette conversation et vont ensemble construire dans les logiciels sociaux de multiples relations », ajoute Mario Asselin.
Les TIC sont, selon lui, un accélérant… « La présence d’Internet est importante aussi parce qu’elle permet de prouver ce que vous êtes, de développer vos compétences socioconstructivement au contact des autres », admet-il.
Par ailleurs, il rappelle combien il est important pour les parents et les enseignants de s’asseoir avec les jeunes et de poser des questions pour en savoir plus sur la nature de leurs activités en lien avec les TIC. Ceci afin de « rallier les deux accents ».
Par Valerie R. Carbonneau, APP
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