Un corps sain et un esprit sain

Mercredi, 22 octobre, 2008 - 00:00

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Québec – L’association entre réussite scolaire, performance académique, saine alimentation et activité physique n’est plus à faire. La semaine dernière, des diététistes, kinésiologues et autres intervenants en milieu scolaire étaient réunis à Québec pour en discuter.

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Le thème est bien complexe. Une foule de facteurs peuvent influencer les données recueillies en matière de réussite scolaire et de santé chez les jeunes. Par contre, des tendances se dégagent de plus en plus et deviennent des constantes.

« L’obésité chez les jeunes et même dans la population tout entière est devenue une véritable pandémie », rappelle d’emblée Natalie Alméras, chercheure au Centre de recherche de l’Hôpital Laval à Québec, dénotant du même coup l’importance d’agir.

À travers les études scientifiques réalisées jusqu’à maintenant, « on rapporte de plus en plus d’évidences sur l’impact significatif des habitudes de vie et de l’obésité sur la performance académique. Les jeunes qui pratiquent des sports ont une meilleure capacité de concentration et ceux qui présentent une meilleure forme physique ont de meilleurs résultats scolaires. Il a également été démontré que de mauvaises habitudes alimentaires nuisent à l’apprentissage et aux performances scolaires ».

Face à ce constat, il devient essentiel d’inculquer aux jeunes, dès leur plus jeune âge, l’importance d’adopter de saines habitudes de vie (alimentation, activité physique, sommeil, etc.). Évidemment, avant l’entrée à la maternelle, cet apprentissage dépend beaucoup des parents et des garderies fréquentées. Mais, à cinq ans, il est loin d’être trop tard et, en fait, tout reste à faire puisque l’enfant gagne de plus en plus en autonomie à cette période.

« Sans déresponsabiliser les parents, l’école a un rôle particulier à jouer. Elle a le devoir d’assurer une offre alimentaire saine, de permettre aux jeunes d’acquérir des connaissances en nutrition, de développer de saines habitudes de vie », soutient Mme Alméras. Elle va même plus en loin en affirmant que la nutrition devrait être reconnue comme une discipline scolaire, tout comme l’est l’éducation physique.

« Déjà, dans les années 70, on dénonçait la faible qualité des repas servis dans les écoles. On peut dire qu’en 35 ans, pratiquement rien n’a changé. Depuis l’annonce de la politique-cadre du gouvernement du Québec en septembre 2007, on peut heureusement affirmer qu’il y a maintenant de l’espoir », s’est enthousiasmée Hélène Arguin, étudiante au doctorat, à la Division de kinésiologie de l’Université Laval, lors de sa présentation.

Par ailleurs, il existe actuellement des programmes de prévention et de sensibilisation, développés par différents organismes et proposés aux écoles. Cependant, la plupart sont très ciblés ; l’un misera sur l’importance de consommer des fruits et légumes, l’autre fera la promotion du lait comme aliment santé, etc. « Vaudrait mieux y aller avec une approche globale », dit Mme Alméras.

Qui dort dîne
Tout au long de la journée du 17 octobre, d’autres universitaires, comme elles, ont présenté leurs plus récents résultats de recherches. « Ce colloque est notre façon de transmettre aux professionnels qui sont sur le terrain les résultats de nos recherches, de leur donner de nouveaux outils pour intervenir concrètement auprès des jeunes », indique le Dr Angelo Tremblay, professeur à la Division de kinésiologie de l’Université Laval, responsable de l’événement.

Par exemple, Jean-Philippe Chaput, chercheur à la Division de kinésiologie de l’Université Laval, est venu témoigner des bienfaits du sommeil autant chez les enfants que les adultes… pour le maintien d’un poids santé !

M. Chaput a participé à une étude visant à vérifier la relation entre le sommeil et l’adiposité chez 422 enfants de 5 à 10 ans de Trois-Rivières. Au bout du compte, ceux qui dormaient moins étaient trois fois plus à risque que les autres de souffrir d’embonpoint. « Le sommeil venait bien avant la pratique de l’activité physique dans les facteurs de risque. L’alimentation n’était même pas prise en considération », renchérit M. Chaput.

En fait, le manque de sommeil viendrait en quelque sorte dérégler certaines hormones, ce qui aurait pour effet d’augmenter la sensation de faim tout en diminuant la dépense énergétique chez les personnes qui dorment peu. Idéalement, un adulte devrait dormir entre sept et huit heures par nuit, un enfant d’âge primaire devrait consacrer 10 heures par jour au sommeil.

Le retour du berlingot de lait
Mis en place par le ministère de l’Agriculture en 1982, le programme lait-école avait été revu à la baisse en 1992 et était réservé aux écoles des milieux défavorisés. Au cours des dernières années, d’autres commissions scolaires ont aboli volontairement la traditionnelle distribution du berlingot de lait, parfois pour des raisons purement économiques. Ce fût notamment le cas à la Commission scolaire Val-des-Cerfs lors de la dernière rentrée scolaire.

Pourtant, milieux défavorisés ou pas, « 75% des enfants de 9 à 13 ans ne consomment pas suffisamment de lait et ne vont pas chercher l’apport quotidien recommandé en calcium », souligne Jo-Ann Gilbert, étudiante au doctorat à la Division de kinésiologie de l’Université Laval. Le retour en force du berlingot de lait dans les écoles serait donc pour elle une excellente façon de pallier ce manque.

Mme Gilbert apporte d’autres arguments. Plus les jeunes consomment de lait, moins ils boivent d’autres types de boissons sucrées. La consommation de lait diminue l’absorption des lipides par l’organisme et favorise ainsi la diminution de la masse graisseuse dans le corps (moins de risque d’embonpoint). Le lait favorise aussi le développement de la masse osseuse (moins de risque de souffrir d’ostéoporose).

Comme le lait contient beaucoup de protéines, il a un pouvoir rassasiant (boire un verre de lait pour éviter de grignoter en attendant un repas). Le calcium contenu dans le lait augmenterait également la capacité à l’effort chez les personnes qui en consomment suffisamment et régulièrement, et conduirait donc à une meilleure forme physique.

Condition physique et réussite scolaire
Saviez-vous qu’à l’intérieur d’un cours d’éducation physique de 60 minutes, les jeunes ne sont réellement actifs que pendant 20 minutes, soit 33% du temps ? C’est du moins ce que diverses recherches ont conclu. « C’est tout à fait insuffisant pour être en bonne condition physique », soutient Marie-Ève Mathieu, stagiaire postdoctorale à la Division de kinésiologie de l’Université Laval.

C’est d’autant plus aberrant, selon elle, que certains élèves n’ont qu’une période de 60 minutes d’éducation physique par semaine. Le Guide d’activité physique canadien pour les enfants et les jeunes recommande pourtant 60 minutes d’activité physique par jour. Pour respecter cette prescription, les élèves devraient bénéficier d’un cours quotidien en plus de participer à différentes activités parascolaires.

Au cours de ses recherches, Mme Mathieu s’est attardée aux bienfaits de l’activité non pas uniquement sur la santé des jeunes, mais aussi sur leur réussite scolaire. Et ses résultats sont en faveur du cours d’éducation physique quotidien !

« Être actif permet de maintenir les neurones en santé en augmentant la circulation sanguine et l’influx nerveux dans le cerveau. On est donc mieux disposé à apprendre. On a observé que les gens qui s’entraînaient avaient une meilleure mémoire, qu’ils accomplissaient plus facilement des tâches multiples, qu’ils fonctionnaient mieux dans l’ambiguïté, qu’ils avaient une capacité de concentration accrue ».

D’autres études ont démontré que l’ajout de temps en éducation physique contribuait à accroître l’efficacité académique des élèves, et ce, malgré les heures d’enseignement retranchées aux autres matières. « Au mieux, les élèves avaient une meilleure performance académique et une meilleure forme physique. Au pire, il n’y a pas d’effet sur le rendement
scolaire, mais il y avait un gain pour la santé. Aucune étude n’a démontré une diminution des résultats scolaires en raison de l’ajout d’heures d’activité physique », fait remarquer Mme Mathieu. La pratique régulière de sport à l’école permettrait aussi d’accrocher aux bancs d’école des jeunes ayant certaines difficultés scolaires.

Faire davantage de place à la nutrition et à l’activité physique dans la grille horaire des écoles, est-ce possible ? On peut affirmer sans hésiter que ce serait souhaitable, et dans les plus brefs délais étant donné l’importance de la situation. Pour la première fois de l’histoire, l’espérance de vie des enfants est jugée inférieure à celle de leurs parents en raison de leur manque d’activité physique et de leur mauvaise alimentation.


La journée de formation « L’obésité et l’enfant à l’école », tenue le 17 octobre à Québec, était organisé par la Division de kinésiologie de l’Université Laval, en partenariat avec l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, la Fédération des kinésiologues du Québec et en collaboration avec le Centre de recherche sur le métabolisme énergétique, le Centre de recherche en prévention de l’obésité, General Mills AP, Les Producteurs laitiers du Canada et Wyeth Soin de santé. Merci à l’organisation d’avoir accueilli l’Infobourg.


En complément : Relisez le numéro spécial de l’École branchée, Bouger plus, manger mieux, publié en janvier 2008, qui présente certains des thèmes abordés dans ce texte. Disponible en téléchargement gratuit (document PDF).

Par Martine Rioux, APP



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