Une question sans réponse

Mercredi, 1 octobre, 2008 - 00:00

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Québec - Je viens de terminer de lire le pamphlet de Patrick Moreau, Pourquoi nos enfants sortent-ils de l’école ignorants?. Il s’agit certes d’un pamphlet, c’est-à-dire d’une satire qui tourne en dérision le système scolaire québécois. Autrement, je suis un peu perplexe et je ne sais pas trop quoi penser de cet ouvrage.



Je referme le livre à l’instant et je n’ai pas de réponse à la question de départ. En fait, j’ai envie d’écrire : Oui, mais…
C’est bien beau d’avoir écrit tout ça, M. Moreau, mais qu’est-ce qu’on fait maintenant? Vous-même vous dénoncez, puis vous baissez les bras.
Vous écrivez que « Toutes les réformes de l’orthographe imaginables ne parviendront pas à diminuer significativement le nombre de fautes commises par mes élèves dans leurs copies ». Vous avouez que vous surévaluez certains élèves pour éviter de faire échouer les plus faibles. Vous participez donc à la mascarade que vous décriez.

Pendant 130 pages, vous parlez de laxisme dans les écoles, de laisser-aller linguistique, de manque de culture générale. Dans ce texte, digne d’une Dictée des Amériques (belles tournures de phrases, emploi de mots plus ou moins rares et percutants), vous dénoncez, vous décriez et dénoncez encore, utilisant moult exemples.

On retrouve des perles d’étudiants, des témoignages-chocs, des exemples saisissants. Oui, c’est vrai que la tutumanie (« les amis, tu ranges ton cartable ») a gagné les écoles et que c’est une aberration. Oui, c’est vrai que certains enseignants empêchent les élèves qui terminent un travail avant les autres de lire (j’ai moi-même été victime de ce traitement à plusieurs reprises, mais je m’entêtais à lire devant ces enseignants). Oui, c’est vrai que j’ai découvert Goethe seulement au Cégep (est-ce que je manque de culture pour autant?). Oui, c’est vrai que les enfants n’arrivent pas tous égaux en maternelle et en première année. Oui, plusieurs thèmes que vous abordez sont des faits.

Oui, mais après…
Ayant affaire à quelqu’un qui dénonce avec autant d’ardeur et d’insistance le système scolaire, j’aurais cru trouver des solutions détaillées dans votre livre. Je n’en trouve que six pages à la fin (9 propositions en fait) :
-accepter l’idée que le système d’éducation a besoin d’une « refondation générale »,
-redonner au ministère de l’Éducation son nom (au lieu de ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport),
-réformer les programmes (fixer pour chaque niveau des objectifs clairs, sans l’atteinte desquels il sera hors de question de passer),
-exiger que les enseignants aient un diplôme dans la discipline qu’ils enseignent, revaloriser la profession d’enseignant,
-mener une « politique volontariste de la langue »,
-faire du code linguistique un critère fondamental pour avoir le droit d’enseigner,
-obliger les enseignants en fonction à subir un test diagnostique en français et en orthographe,
- valoriser l’excellence scolaire.

Certaines de ces idées sont très certainement pertinentes, mais j’aurai souhaité que vous y mettiez un peu de chair… peut-être dans un autre pamphlet.

Je n’ai pas davantage de solutions à proposer, je ne m’aventurerai pas sur ce terrain ici. Par contre, je dois dire qu’on part de loin au Québec et que j’ai l’impression qu’on vit dans une société de plus en plus scolarisée. Je suis beaucoup plus instruite que mon grand-père et ma grand-mère, plus instruite que mon père et ma mère et j’espère que ma fille sera aussi instruite que moi, sinon plus.

Je crois aussi que la valorisation de l’éducation doit se faire à la maison et que ce désir d’apprendre et cette ouverture d’esprit que l’on voit chez certains enfants passent par les parents, beaucoup, énormément. (Oui, je sais que les parents en ont déjà beaucoup sur les épaules… mais quand même!) Bien sûr, de nombreux enfants n’auront pas ce bagage en entrant à l’école et l’école a alors le rôle de leur transmettre ce désir et cette ouverture d’esprit. Vous suggérez presque que ces enfants, moins bien « équipés culturellement et linguistiquement », suivent des cours de rattrapage en entrant à l’école. Je ne crois pas que ce soit une solution.

Je le répète, je n’ai pas de solution. Je ne sais pas pourquoi certains réussissent et pas d’autres, alors que nous passons tous par le même « tuyau »…. Mais, moi, de mon vécu, je sais que les personnes autour de moi qui ont réussi à passer au travers et à sortir en « n’étant pas ignorants », ils avaient tous un point en commun : ils avaient des parents qui les encourageaient à étudier et qui les amenaient à aller plus loin. Il y a aussi eu quelques enseignants vraiment significatifs qui les ont inspirés et accrochés.

Est-ce que l’école n’encourage pas assez et n’incite pas assez à aller plus loin? Je ne saurai dire. J’ai réussi et, je l’avoue, j’ai de la difficulté à saisir ce qui peut se passer dans la tête d’un jeune qui ne réussit pas. Je cherche à comprendre. Si je trouve, je vous le dirai! Chose certaine, votre livre ne m’aura pas beaucoup aidé en ce sens. C’est bien ce qui me chagrine. Tout ça pour ça?

Par Martine Rioux, APP



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