Vulgariser la réforme pour les parents… et les enseignants

Mercredi, 5 novembre, 2008 - 00:00

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Québec – En entendant les simples expressions « réforme » et « renouveau pédagogique », certains parents se retrouvent complètement déboussolés et ils ont le sentiment qu’ils ne seront plus d’aucune utilité pour accompagner leurs enfants dans leur cheminement scolaire. Erreur!

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« Les parents se réfèrent à leur vécu scolaire lorsque vient le temps d’aider leurs enfants à l’école. Avec l’application de la réforme, ils sont nombreux à se sentir démunis et même incompétents. Ils ont l’impression de ne plus comprendre le langage de l’éducation. C’est déplorable », affirme Claudine Potvin, spécialiste en éducation.

C’est ainsi qu’elle s’est adjointe une équipe d’orthopédagogues et qu’elle a développé une nouvelle collection de cahiers pédagogiques, publiée aux Éditions du Trécarré : « J’aide mon enfant à apprendre. La réforme scolaire expliquée aux parents ».

« Je veux raccrocher les parents, leur permettre de mettre des termes sur les apprentissages de leurs enfants, faire en sorte qu’ils puissent suivre le cheminement de leurs enfants tout au long de l’année scolaire », précise Mme Potvin.

« Ils doivent pouvoir aller plus loin que le bulletin. Celui-ci ne devrait jamais contenir de grandes surprises pour un parent qui est bien outillé pour accompagner son enfant », poursuit-elle. « Mon but n’est pas d’en faire des experts en éducation. Je veux simplement vulgariser une réforme qui leur a été mal présentée, mal expliquée. »

En sept cahiers, un pour le préscolaire et un pour chaque année du primaire, Mme Potvin présente les contenus que l’élève verra et les apprentissages qu’il fera en cours d’année scolaire en français et en mathématiques.

Elle utilise la métaphore du voyage en voiture pour imager des thèmes moins concrets. Ainsi, les connaissances deviennent le contenu de la valise; les démarches, l’itinéraire du voyage; les stratégies, les outils à utiliser en cas de panne ou d’imprévu; la compétence acquise étant l’aboutissement du périple.

Elle présente également les connaissances de base (matériel essentiel au voyage), les connaissances à appliquer selon les circonstances (vêtement à prévoir selon la température), les connaissances liées à la mémorisation (les effets personnels) et les connaissances des procédures d’accords (le mode d’emploi du voyage). Chaque type de connaissances est énuméré par catégorie et par matière. Puis, des exercices sont proposés et les corrigés sont inclus.

« Ces cahiers s’adressent d’abord et avant tout aux parents, mais ils pourront impliquer les enfants dans leur découverte de la réforme. Ainsi, ils peuvent faire réaliser les exercices par leurs enfants, tout en les guidant et en les accompagnant. »

D’ailleurs, la réalisation des exercices est une bonne façon pour les parents de vérifier si leurs enfants suivent le rythme de leur niveau scolaire, qu’ils ne prennent pas de retard. Pour ceux qui vont bien et qui veulent aller plus loin, des pistes d’enrichissement sont aussi offertes.

Une réforme souhaitée mais…
Claudine Potvin rappelle le contexte qui a conduit à l’application de la réforme scolaire à la fin des années 1990 : « La réforme a été mise en place à la suite des États généraux. La population y avait demandé des changements en éducation. Ces changements étaient désirés de tous. Il était louable de s’asseoir. Pratiquement rien n’avait changé depuis les années 1960 ».

« Malheureusement, la réforme a été conduite de façon maladroite. Elle a été mal apportée dans les écoles. Les parents et les enseignants sont craintifs lorsqu’on aborde ce sujet. Par contre, nos enfants sont là, sur les bancs d’école. Ils n’ont pas à être pénalisés », continue-t-elle.

Mme Potvin est de ceux qui croient qu’il faut continuer la réforme, la corriger peut être, l’améliorer certainement, mais surtout pas revenir en arrière. « L’école doit se rattacher à la réalité sociale d’aujourd’hui, tenir compte du contexte scolaire actuel, parfois chamboulé par les horaires surchargés des uns et des autres ».

Par-dessus tout et pour le bénéfice des élèves, elle croit que les parents et les enseignants ont intérêt à communiquer abondamment entre eux. « Il y a des mythes et des croyances qui se sont installés avec la réforme. Pour le parent, il n’y a parfois rien de mieux qu’une vraie conversation avec un enseignant pour comprendre. »

La ministre agit
Signe que le renouveau pédagogique n’est pas aussi clair qu’il aurait dû l’être, même les enseignants ont parfois de la difficulté à s’y retrouver. La ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michèle Courchesne, vient d’ailleurs de poser des gestes concrets pour tenter de corriger la situation.

Ainsi, un Libellé des compétences en termes usuels a été publié par le ministère la semaine dernière. Par exemple, « Chercher des réponses ou des solutions à des problèmes d’ordre scientifique » devient « Résoudre des problèmes » ; « Interagir dans divers contextes de pratiques d’activités physiques » est remplacé par « Pratiquer des activités physiques avec d’autres élèves ».

Il est bien indiqué au début du document que « cette formulation devra être utilisée dans les communications aux parents, notamment dans le bulletin scolaire et le bilan des apprentissages ». Espérons que cela permettra de meilleures communications entre l’école et la maison.

La ministre Courchesne a également publié le document Progression des apprentissages en français – Enseignement primaire.

Il répond en partie à l’axe 2 du Plan d’action pour l’amélioration du français à l’enseignement primaire et à l’enseignement secondaire, rendu public en février 2008. Y sont détaillées les connaissances à acquérir en orthographe et en conjugaison pour chaque année du primaire.

On y apprend entre autres qu’à la fin du primaire, un élève devrait être en mesure d’orthographier correctement 3 000 mots fréquents. Mme Potvin précise également cette information dans son cahier sur la 6e année.

D’autres publications du même genre devraient être publiées par le ministère en cours d’année scolaire. Elles porteront sur la ponctuation, la structure de la phrase, les fonctions et les accords. D’autres matières seront aussi détaillées de la sorte l’an prochain.

Dans un article de Marie Allard, publié dans La Presse, le 28 octobre 2008, Arlette Pilote, présidente de l’Association québécoise des professeurs de français, affirme que « c’est une correction qui était nécessaire et qui est bienvenue. La progression et la hiérarchisation des apprentissages, on peut dire que ça aurait déjà dû être plus apparent dans le programme. »

Par contre, comme l’écrit Mme Allard, « reste aussi à savoir comment l’acquisition de ces connaissances se traduira dans les bulletins, toujours basés sur une liste de compétences à atteindre ».

Décidément, rien n’est simple dans l’application de cette fameuse réforme de l’éducation au Québec. L’important, aujourd’hui, est d’y apporter les correctifs nécessaires pour la rendre la plus compréhensible et la plus adéquate possible. Pendant que nous tergiversons sur ses défauts et ses qualités, les enfants apprennent….

Par Martine Rioux, APP



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