Pourquoi on décroche?

Jeudi, 25 avril, 2002 - 00:00

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Le décrochage scolaire est un phénomène bien complexe, qui touche particulièrement le Québec, et que peu de gens arrivent à expliquer. Des chercheurs de l’Université Laval tentent quand même de comprendre.
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Roland Ouellet, Marc-André Deniger, Frédérick Guay et Richard Bertrand, quatre professeurs au Département de fondements et pratiques en éducation à l’Université Laval et membres du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES), étaient venus présenter leurs résultats de recherches sur le décrochage scolaire au Salon international du livre de Québec, hier.

« Le Canada est le pays qui investi le plus en éducation au monde et, pourtant, il est le pays où le taux de décrochage scolaire est le plus élevé, surtout au Québec. Le pire, c’est que personne n’a encore réussi à comprendre pourquoi et c’est désolant », indique M. Bertrand.

Les facteurs qui peuvent augmenter les risques de décrochage scolaire sont bien connus déjà : facteurs scolaires, sociaux et individuels.

Les jeunes vivant dans un milieu défavorisé ont plus de risques d’abandonner l’école, de même que ceux dont les parents ont une faible scolarité. Les jeunes qui reçoivent peu d’encouragement de la part de leurs parents, et ceux dont les parents ont peu d’ambition et qui vivent au jour le jour, auraient aussi tendance à décrocher davantage. Les jeunes qui ont des amis décrocheurs se feraient également influencer par eux.

Par ailleurs, les jeunes qui éprouvent du plaisir à se rendre en classe réussissent mieux que ceux qui se sentent contraints d’assister aux cours. Qu’est-ce qui contribue à faire aimer l’école? Les compliments et les encouragements; le fait de laisser les enfants faire des choix dans les tâches à réaliser. Par exemple, l’enseignant peut donner une liste de choses à faire. Les élèves peuvent les accomplir dans l’ordre qu’ils désirent, en autant qu’ils aient terminé à la fin de la journée. Et, surtout, selon M. Guay, il ne faut pas miser sur les récompenses, comme l’argent scolaire. « Les enfants en viennent alors à faire l’activité uniquement pour obtenir la récompense et non plus pour le plaisir. Cela entraîne aussi de la tricherie », explique-t-il.

Ensuite, la perception qu’ont les enfants d’eux-mêmes contribue grandement à leurs succès et à leurs échecs. Un élève qui n’a pas une bonne image de lui-même, qui ne se sent pas compétent réussira moins bien. Il faudrait donc encore une fois miser sur les encouragements du milieu, mais sur des encouragements constructifs. « Il faut dire à un enfant qu’il réussit parce qu’il a fait les bons efforts et qu’il a utilisé les bonnes stratégies, et non pas uniquement parce qu’il est intelligent », fait remarquer M. Guay.

Mais, si nous savons cela, pourquoi les interventions en milieu scolaire réussissent plus ou moins bien? « Les facteurs scolaires ont peu d’influence lorsqu’on parle de décrochage. Pourtant, les programmes d’aide dans les écoles misent sur ces facteurs », déplore M. Ouellet.

Dans les programmes de cheminement particulier, les élèves en difficulté d’apprentissage se retrouvent à égalité avec d’autres, ce qui favorise les succès. Toutefois, il s’agit d’un milieu protégé que les élèves ne veulent plus quitter pour retourner dans des classes régulières. Parfois, on envoie aussi des élèves ayant des troubles de comportements dans ces programmes, alors que ce n’est pas leur place, souligne M. Deniger. La méthode devrait donc être améliorer, selon lui.

En plus, la majorité des enseignants pensent que les jeunes décrochent parce qu’ils ne sont pas motivés. Or, cette affirmation n’est vraie que pour un quart des décrocheurs. Certains élèves sont très motivés, mais ils ont tout simplement des difficultés d’apprentissage, et, faute de recevoir une aide adéquate, ils décrochent. « Les gens des milieux scolaires comprennent encore très mal le phénomène, alors comment pourraient-ils le résoudre? Il y a beaucoup de travail à faire dans les écoles », conclut M. Deniger.

Par Martine Rioux

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