Du jardinage à l'évaluation (deuxième partie)

Dans la première partie de son article, Julie compare les légumes du jardin aux élèves, la cueillette à l’évaluation et la plantation aux situations d’apprentissage. Elle vous présente ici des façons de faire concrètes pour gagner du temps et éliminer le fardeau de la correction.

Les élèves sont comme les légumes

Je ne pense pas devoir vous convaincre que les élèves ne peuvent pas tous atteindre les objectifs d’apprentissage au même moment. C’est pourquoi la différenciation et l’évaluation progressives permettent aux élèves de se développer à un rythme qui respecte leurs besoins. Ces méthodes donnent aussi la possibilité aux enseignants de mettre leur énergie au bon endroit, autant dans l’accompagnement de leurs élèves que dans l’évaluation des apprentissages.

Les enseignants corrigent trop

Personne ne souhaite ajouter à la tâche des enseignants. Toutefois, si je compare avec le jardinage, cela pourrait signifier observer davantage et cueillir moins (cueillir étant l’évaluation). Et lorsque vient le temps de cueillir, ça pourrait signifier évaluer moins d’objectifs à la fois, mais le faire plus régulièrement. Cela pourrait prendre différentes formes : évaluer lorsque l’élève se sent prêt, évaluer des petites parties à la fois pour offrir de la rétroaction fréquente et permettre à l’élève de s’améliorer en cours de projet. Il y a autant de possibilités qu’il y a d’intentions pédagogiques.

Gagnant-gagnant

Il n’est pas nécessaire que la rétroaction et les observations régulières viennent toujours de l’enseignant et qu’elles soient faites à la maison. Avec les outils de partage, il est possible de donner de la rétroaction efficace et rapide pendant que les élèves sont au travail. C’est gagnant-gagnant! Ils reçoivent de la rétroaction au moment où ils en ont besoin et l’enseignant ne se surcharge pas de travail supplémentaire.

Une rétroaction utile

Avec des observations régulières, des traces partageables aux élèves et aux parents, les évaluations définitives n’ont plus à être si fréquentes. Par définitives, j’entends que l’on ne peut plus améliorer sa production. Si l’enseignant passe moins de temps à corriger de longues productions, ça libère du temps qui peut être réinvesti pour réévaluer des éléments que l’élève aurait retravaillés et améliorés grâce aux commentaires reçus en cours de route. Cette deuxième correction sera moins fastidieuse puisqu’il y a déjà eu un premier travail de rétroaction. Les élèves portent donc plus d’attention à la rétroaction puisqu’ils ont la possibilité de s’améliorer grâce à celle-ci.

Questions-réponses en rafale

Quels sont les avantages de la différenciation?

  • Libération de l’enseignant du devant de la classe pour être dans la classe;
  • Accompagnement personnalisé des élèves en difficulté;
  • Respect des besoins de chacun;
  • Évaluation au service de l’apprentissage;
  • Diminution de l’anxiété chez les élèves et les enseignants face à l’évaluation;
  • Relation de respect entre les élèves et l’enseignant;
  • Apprentissage de la collaboration;
  • Engagement dans son apprentissage;
  • Sentiment de compétence + sentiment d’appartenance + sentiment d’autonomie = augmentation de la motivation (Frédéric Guay, professeur titulaire, Département des fondements et pratiques en éducation de l’Université Laval).

Comment faire?

Voici des suggestions. Par contre, sachez qu’il y a autant de façons de faire la différenciation en classe qu’il y a d’objectifs pédagogiques. Gardez aussi en tête qu’il peut être nécessaire de débuter par une évaluation diagnostique!

  • Hyperdocs ou Google Sites : tableau de planification que les élèves peuvent suivre à leur rythme grâce à des hyperliens.
  • Différenciation en lecture à l’aide de textes classés en deux, trois ou quatre niveaux de difficulté :
    • En équipe, les élèves se répartissent les textes;
    • Lecture individuelle et prise de note;
    • Équipes d’experts regroupés par texte pour comparer leur compréhension du texte et compléter leur prise de note;
    • Équipes mixtes qui se partagent leurs apprentissages (cette méthode permet aux élèves de toucher à quatre différents textes sur un même sujet en en ayant lu qu’un seul).
  • Différenciation des consignes pour un même objectif pédagogique en production écrite :  
    • Débutants : correction des erreurs dans un de leurs textes (ex. description du personnage);
    • Intermédiaires : correction des erreurs et ajout d’une partie du texte (ex. description du personnage et ajout de son ami imaginaire);
    • Avancés : réinvestissement par une nouvelle production, une création, un texte complet (ex. faire vivre une aventure au personnage).
  • Rétroaction fréquente :
    • Ajout de commentaires en temps réel pendant que les élèves travaillent (outils Google);
    • Collaboration entre les étudiants;
    • Outils de rétroaction rapide tels que Talk and Comment, Check Mark, FlipGrid, EdPuzzle, Socrative et plusieurs autres;
    • Autoévaluation;
    • Rétroaction par les pairs;
    • Portfolios progressifs.

Et les plus rapides dans tout ça?

  • On s’en sert pour nous aider s’ils le souhaitent (réalisation de tutoriels, accompagnement d'élèves, mini-profs d'un cours);
  • On leur prépare un système de défis où ils pourront amasser des privilèges ou récompenses (exemptions aux évaluations si l'école le permet, lettre de recommandation pour les élèves de 5e secondaire, système de bons d'effort);
  • On leur fait mettre du temps sur des matières plus difficiles pour eux;
  • On leur offre des plateformes d’enrichissements (lectures, vidéos éducatives, jeux éducatifs);
  • On leur donne des tâches qui seront un défi supplémentaire pour eux (ex. les faibles corrigent leurs erreurs, les intermédiaires corrigent leurs erreurs et ajoutent un personnage à leur texte descriptif pour consolider la maîtrise du texte descriptif, les avancés écrivent un texte narratif à partir de leurs personnages provenant de leur texte descriptif)

Et si je n’ai pas le temps?

  • Pas besoin de tout recréer, souvent, de petits changements suffisent;
  • Ne pas tout changer en même temps;
  • Beaucoup de matériel disponible en ligne;
  • Se créer un système en début d’année qui est bon pour toute l'année;
  • Banque d’outils à utiliser et réutiliser;
  • L’investissement de temps vous rapportera gros;
  • Se trouver des gens avec qui collaborer;
  • Prendre le temps de se fixer un ou deux objectifs professionnels par année ou par étape, puis reculer dans le temps pour les décortiquer sur une ligne du temps. Cela permet de cibler des objectifs pédagogiques incontournables afin de simplifier sa planification.

Carrefour éducation vous référence un site qui propose des capsules d’aide sur la différenciation pédagogique.

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Par Julie Durand, l'École branchée