Comment la situation des élèves ayant des troubles dys a-t-elle évolué?

Comment la situation des élèves ayant des troubles dys a-t-elle évolué?

Le mot d’ordre dans les milieux scolaires est désormais le suivant : mettons en place les mesures nécessaires pour permettre aux élèves de réussir, peu importe qu’ils aient un plan d’intervention ou non, qu’ils aient reçu un diagnostic officiel ou pas. Cela signifie plus de prévention, plus d’accompagnement, plus de suivi. 

Toutes les stratégies mises en place permettent de repérer plus rapidement les élèves en difficulté. Le suivi serré permet d’éviter les grandes difficultés et d’identifier les jeunes ayant des troubles d’apprentissage. Le soutien personnalisé et la rééducation contribuent à leur réussite. 

Il n’est plus rare que des jeunes ayant des troubles d’apprentissage se rendent jusqu’au cégep, et même à l’université. « Avec du soutien et une bonne dose d’organisation, ils y arrivent aisément maintenant », se réjouit Natalie Ruest. 

La transition avec les établissements postsecondaires n’est pas toujours fluide, mais il y a eu des améliorations et la sensibilisation se poursuit. « Si au départ, il a fallu s’assurer que les outils d’aide technologiques suivent l’enfant du primaire au secondaire, nous travaillons maintenant avec les autres niveaux d’enseignement (formation professionnelle, formation aux adultes, cégep) pour les sensibiliser et permettre aux jeunes de poursuivre l’utilisation de leurs outils. Ceux-ci n’ont eu d’autres choix que de s’adapter au contexte. Les élèves qui portent des lunettes, on ne leur enlève pas! », résume Isabelle Gendron.

Certaines orthopédagogues à qui nous avons parlé établissent maintenant des ponts avec les établissements post-secondaires de leur milieu afin de s’assurer de la meilleure transition possible pour leurs élèves. « La collaboration s’accentue, mais il n’y a pas encore d’orthopédagogue dans tous les milieux », précise Edith Sabourin. 

De plus, si le diagnostic n’est pas nécessaire au primaire et au secondaire (de même qu’à la formation professionnelle et à la formation générale des adultes) pour permettre aux élèves d’utiliser des fonctions d’aide, il l’est toujours au cégep et à l’université. À ce sujet, les parents sont de plus en plus impliqués dans les suivis, ce qui permet un meilleur arrimage. Néanmoins, cela bouscule un peu les façons de faire des établissements post-secondaires, habitués de faire affaires avec des « adultes » et qui, traditionnellement, communiquent peu (ou même pas du tout) avec les parents.

Les mesures compensatoires

Malgré le manque de ressources professionnelles dans certaines écoles, les enseignants ont quand même la possibilité de poser des gestes pour aider leurs élèves dès qu’ils perçoivent des difficultés particulières. 

Parmi les pratiques simples à mettre en place (et qui pourrait même profiter à l’ensemble des élèves) :

  • Tenir compte des difficultés des élèves pour former des équipes de travail; 
  • Assigner une place préférentielle à un élève dans la classe (en avant, près du coin lecture, près d’une fenêtre, etc.);
  • Diviser les travaux à réaliser en plus petites tâches;
  • Garder de multiples traces afin de suivre les progrès des élèves (ou l’absence de progrès); 
  • Évaluer avec différentes modalités;
  • Permettre aux élèves de démontrer leur compréhension et de livrer des productions sous différentes formes (écrites, orales, etc.);
  • Permettre aux élèves de rédiger un texte à l’ordinateur plutôt qu’uniquement papier/crayon.

À ce sujet, vous pouvez (re)lire notre dossier sur la différenciation pédagogique

Par contre, lorsque les difficultés persistent, ce sont de véritables mesures compensatoires qui devront être mises en place. Toujours, les orthopédagogues insistent, il faut s’assurer de cerner le besoin de l’enfant. Il faut vraiment y aller au cas par cas, même si certaines mesures tendent à se généraliser.

Et contrairement à ce que l’on peut penser, ces mesures ne sont pas toujours numériques. Par exemple : permettre de lire le texte une première fois avant un examen, obtenir une copie papier plus aérée ou agrandie, avec des polices de caractère plus grosses, imprimer les textes sur du papier de différentes couleurs, etc. On entend aussi souvent parler du tiers de temps supplémentaire pour réaliser un examen. Cette dernière mesure demeure toutefois difficile à mettre en place au secondaire en raison des horaires plus encadrés. 

Pour les élèves disposant d’un appareil électronique, des fonctions d’aide de synthèse vocale, de prédicteur de mots, de correcteur sont aussi très utilisées. Nous les présentons plus loin.

Dans tous les cas, les mesures doivent être justifiées, il faut les essayer, voir les résultats et décider si elles sont appropriées pour l’élève ou non. Lorsqu’elles fonctionnent bien et donnent des résultats, elles peuvent être consignées officiellement dans le plan d’intervention des élèves qui en ont un.

L’usage accru du numérique 

Le déploiement d’appareils informatiques dans les classes a contribué à généraliser l’usage du numérique chez les élèves. Si, en 2009, les élèves ayant des troubles d’apprentissage étaient souvent les seuls dans une salle de classe à pouvoir utiliser un ordinateur, il n’est plus rare que des classes entières bénéficient d’un appareil pour chaque élève. Dans ce contexte, l’élève ayant des troubles d’apprentissage est « moins visible » dans la classe; la stigmatisation diminue.

« Il ne fait aucun doute que la technologie aide les élèves », dit Édith Sabourin. Et oui, elle fait une différence en général, mais les aides technologiques permettent d’aller plus loin avec les élèves ayant des troubles d’apprentissage. Le verdict est unanime.

Un exemple simple : l’élève qui a de la difficulté à tenir son crayon et/ou à écrire aura de meilleures chances de pouvoir s’exprimer en utilisant le clavier de l’ordinateur.

« Il faut arrêter d’attendre d’avoir un diagnostic pour utiliser les aides technologiques en classe avec les élèves qui ont une dyslexie ou dysorthographie », fait valoir Natalie Ruest. « L’utilisation de ces outils a vraiment changé la donne. Pour moi, c’est un point tournant en éducation », renchérit Isabelle Gendron.

Seule ombre au tableau, beaucoup de ressources éducatives numériques sont encore incompatibles ou inutilisables avec les aides technologiques existantes. « Malgré l’omniprésence du numérique, l’offre de matériel didactique est encore très souvent offert exclusivement en format papier. [...] La numérisation des documents est une contrainte de temps importante », lit-on sur le site du service national du RÉCIT en adaptation scolaire. De plus, un document numérisé ne sera pas nécessairement compatible avec la fonction de synthèse vocale, par exemple. 

Le service national du RÉCIT en adaptation scolaire documente d’ailleurs abondamment ce que devraient être des ressources numériques accessibles. Ces infographies présentent d’ailleurs les éléments clés dont il faut tenir compte lors de la conception de documents numériques accessibles pour les élèves ayant des besoins particuliers.