L’usage des outils d’aides technologiques

L’usage des outils d’aides technologiques

Depuis 2009, la mesure 30810 des règles budgétaires du ministère de l’Éducation du Québec a pour but d’aider les centres de services scolaires à acheter des équipements et du matériel pour les élèves en difficulté, ainsi qu’à leur offrir les aides technologiques permettant de répondre aux besoins en matière d’apprentissage des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). 

En 2020-2021, l’enveloppe budgétaire de cette mesure était de 6,6 millions $. Chaque école doit faire une demande d’aide technologique au nom de l’élève. Les outils accordés demeurent la propriété du centre de services scolaire et sont prêtés à l’élève pour la durée de ses études, tant qu’il demeure dans le système public.

De plus, la mesure 30110 apporte une aide financière aux écoles privées pour l’achat d’aides technologiques. La direction fait la demande au gouvernement au nom de l’enfant, selon les besoins établis au plan d’intervention. Un montant maximal de 2500 $ par élève est accordé.

D’ailleurs, tel que déjà mentionné, nul besoin d’attendre un diagnostic officiel ou même un plan d’intervention pour qu’un élève puisse bénéficier de certaines aides technologiques. 

Évidemment, les aides technologiques ne doivent surtout pas être perçues comme des solutions miracles et il faut toujours se ramener à la base de l’intention pédagogique derrière leur utilisation. À quel besoin devraient-elles répondre?

« Il faut laisser du temps d’appropriation, continuer l’accompagnement de l’élève, réévaluer », indique Isabelle Gendron. L’utilisation des aides technologiques demande aussi un travail très étroit entre orthopédagogues et enseignants pour maximiser l’exploitation de l’outil, favoriser la progression de l’élève et assurer le suivi d’une année scolaire à l’autre. De plus, ils devraient être utilisés au quotidien.

« Les parents doivent aussi être impliqués dans le processus, mais il faut toujours leur rappeler qu’ils n’ont pas à maîtriser l’aide technologique de leur enfant. Celui-ci devrait être en mesure de l’utiliser adéquatement, seul. C’est à l’orthopédagogue de lui montrer l’utilisation », fait remarquer Isabelle Gendron.

Les aides technologiques

Qu’est-ce qu’une aide technologique? L’aide technologique consiste en une assistance technologique utilisée par l’élève handicapé ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage en vue de faciliter ou de réaliser une tâche qu’il ne peut accomplir, ou difficilement, sans le soutien de cette aide.

Il existe différents types d’aide technologique, notamment des aides à
l’écriture. Celles-ci se divisent en quatre catégories :

  • Aide à la rédaction (pour la planification, l’organisation et la rédaction d’un texte);
  • Aide à la révision-correction (pour l’objectivation, la révision et la correction d’un texte);
  • Aide à la lecture en contexte d’écriture (pour la lecture et la relecture);
  • Aides au traitement de l’information (pour la prise de notes, l’annotation, la collecte et l’organisation d’information).

Les aides technologiques peuvent être utilisées par toutes les catégories d’élèves, mais elles n’auront pas la même portée. Pour des élèves doués ou performants, l’aide technologique peut être « intéressante », pour des élèves dans la moyenne, elle sera « utile », alors que pour une autre catégorie d’élèves (handicapés, en difficulté, ou en trouble d’apprentissage), elle s’avérera « indispensable ».

Pour qu’elle soit utile, une technologie doit offrir une valeur ajoutée. Ce n’est pas parce qu’une technologie est performante qu’elle est adéquate et pertinente au besoin d’un élève. De là l’importance de choisir en fonction des besoins spécifiques de l’élève.

En contexte d’apprentissage, toutes les aides technologiques sont permises. D’ailleurs, contrairement à ce que certains peuvent penser, les fonctions d’aide peuvent être utilisées par tous les élèves, avec ou sans plan d’intervention, avec ou sans difficulté scolaire. Il ne faut pas oublier que certaines fonctions d’aide sont désormais d’usage courant sur le marché du travail et dans la société, comme les outils de révision et de correction de textes).

En contexte d’évaluation, et plus particulièrement d’évaluation ministérielle, la direction de l’école est autorisée à mettre en place certaines mesures pour les élèves ayant des besoins particuliers. Dans ces cas, un rapport d’analyse de la situation de l’élève doit être joint à son dossier. Le lien entre les mesures choisies et le besoin particulier de l’élève doit aussi être établi dans un plan d’intervention. Les mesures doivent également être régulièrement utilisées par les élèves en cours d’apprentissage et d’évaluation.

Ainsi, le Guide de gestion de la sanction des études et des épreuves ministérielles : formation générale des jeunes, formation générale des adultes et formation professionnelle prévoit que :

  • l’utilisation d’un outil d’aide à la lecture (ex. : synthétiseur vocal) et à l’écriture (ex. : correcteur grammatical et lexical, prédicteur de mots) est permis pour la passation des épreuves ministérielles (y compris les épreuves de lecture en langue d’enseignement et en langue seconde);
  • toute fonction de reconnaissance vocale doit être désactivée pendant la durée totale des épreuves dans le cas où la compétence à écrire est évaluée;
  • les logiciels de traduction ne peuvent être utilisés dans le contexte d’une épreuve de langue seconde;
  • l’utilisation d’un ordinateur est permis dans le respect de certaines conditions, comme la limitation de l’accès à Internet aux seules épreuves pour lesquelles cet accès est prévu et l’absence de communication entre les postes d’un réseau; 
  • l’utilisation de divers appareils permettant d’écrire;
  • l’utilisation d’un magnétophone permettant à l’élève, qui est dans l’impossibilité d’écrire, de donner ses réponses verbalement.

Les fonctions d’aide

On distingue les « types d’aides technologiques » des « fonctions d’aide ». Les principales fonctions d’aide utilisées en milieu scolaire sont les suivantes : 

La synthèse vocale
Elle permet de convertir un texte numérique en une voix synthétisée. Elle facilite la relecture d’un texte. L’élève se concentre sur la compréhension du texte et sa structure. Attention : le logiciel lit tel quel ce qui est écrit (exemple : cadeau = cado).

Le correcteur orthographique
Cet outil permet d’analyser un texte afin de détecter et de corriger les fautes d’orthographe. Le correcteur compare les mots du texte aux mots d’un dictionnaire. L’élève doit apprendre à porter un jugement sur les propositions que lui fait le logiciel. Pour les élèves ayant une dysorthographie sévère, il est suggéré d’utiliser un correcteur lexical phonème/graphème. Fait intéressant : le moteur de recherche Google fonctionne selon ce principe.

La prédiction de mots
Un logiciel prédicteur de mots propose un choix de mots qui se précise à chaque nouvelle lettre tapée au clavier. Les mots proposés tiennent généralement compte de la structure lexicale du texte et des règles de grammaire. L’élève doit choisir parmi les mots proposés. Il est exposé à une bonne orthographe plutôt que d’essayer d’écrire des mots en devinant.

L’idéateur, ou organisateur d’idées
C’est un logiciel d’aide à la rédaction qui soutient l’élève dans son processus de production et d’organisation en lui permettant d’écrire des idées, de les déplacer facilement pour les réorganiser et de les relier entre elles sous forme de schéma.

Le service national du RÉCIT en adaptation scolaire est la référence au sujet des fonctions d’aide et du choix des outils. Cette section de leur site Web est la référence la plus complète en la matière. La section sur les fonctions d’aide et la pédagogie différenciée est également incontournable. 

Ce site du Centre de services scolaire des Samares est aussi une mine d’information concernant les outils d'aide technologiques.

Défaire les mythes

Ici, il apparaît nécessaire de faire un bref retour en arrière, en 2009, tel que mentionné dans l’introduction de ce dossier. À ce moment, Jean Chouinard, du service national du RÉCIT en adaptation scolaire, avait identifié trois mythes à défaire pour permettre aux aides technologiques de s’implanter de façon significative dans la pratique pédagogique. Nous jugeons pertinent de les rappeler ici. Ils sont tirés tels quels du Guide annuel 2009-2010 de l’École branchée.

Mythe 1 : L’aide technologique est une béquille.
L’aide technologique permet de pallier certaines incapacités. Une personne en fauteuil roulant a besoin d’une rampe pour contourner les escaliers, une personne ayant des troubles d’apprentissage a besoin de moyens pour l’aider à contourner les obstacles en lecture, écriture, épellation, calcul, mémoire ou organisation.

Mythe 2 : L’aide technologique fait le travail à la place de l’élève.
L’aide technologique est un moyen de relever les défis de l’apprentissage. Il n’élimine pas les difficultés. L’élève doit apprendre à l’utiliser de façon pédagogique. Il doit apprendre à porter un jugement critique sur les propositions faites par l’outil d’aide, lui aussi n’étant pas infaillible. L’outil assiste donc l’élève et lui permet de prendre conscience de ses erreurs et d’apprendre de celles-ci.

Mythe 3 : L’aide technologique ne permet pas à l’élève d’apprendre.
L’aide technologique permet à l’élève de développer ses compétences en favorisant son autonomie et son implication. Elle lui confère un rôle actif dans ses apprentissages et, plus encore, lui permet de progresser dans son cheminement scolaire. Puisqu’il est moins souvent exposé à l’erreur, les bonnes notions s’enregistrent dans sa mémoire, lui permettant ainsi d’aller plus loin dans ses apprentissages.