Des pratiques gagnantes pour favoriser la persévérance scolaire

Des pratiques gagnantes pour favoriser la persévérance scolaire

En milieu scolaire, des pratiques pédagogiques sont de plus en plus identifiées comme favorisant la persévérance scolaire et elles ont fait leur preuve pour tous les élèves; pas uniquement pour ceux qui sont plus à risque de décrocher.

Frédéric Guay mentionne quelques approches favorables comme :

- Créer des environnements qui ne soient pas contrôlant ni trop compétitifs;

- Multiplier les exemples concrets et les mises en application explicites des concepts enseigner (faire du sens);

- Miser sur la différenciation et la rétroaction personnalisée;

- Faire la promotion de modèles qui soient atteignables et réalistes (sans pour autant diminuer les aspirations).

Il a aussi développé un top 3 des pratiques gagnantes qu’il nous partage :

1- Favoriser l’autonomie des élèves
Offrir des choix, encourager l’initiative, respecter les opinions et encourager le partage de point de vue, faire confiance et donner confiance.

2- Soutenir la perception qu’à l’élève de sa compétence
Valoriser, encourager, reconnaître les bons coups, soulever les points positifs en grand groupe, soulever les points négatifs individuellement et donner des trucs pour s’améliorer.

3- Créer un lien positif avec les élèves
Tisser un sentiment d’appartenance à l’école et au groupe, faire vivre des expériences positives et plaisantes.

De façon plus formelle, ce top 3 rappelle la conception universelle de l’apprentissage (CUA), qui se veut très inclusive, en misant sur les capacités des élèves et leurs forces afin de leur donner confiance.

classeDans cette approche, l’enseignant « place tous les apprenants sur un pied d’égalité dans un esprit de justice et d’équité. Dès lors, tous voient leurs différences acceptées voire même valorisées. C’est là un élément fondamental qui vise le développement du potentiel et de l’autonomie des personnes (je peux le faire) de même que le développement du sentiment d’efficacité personnelle », lit-on dans un dossier produit par le Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur.

Également, la CUA encourage la mise en oeuvre de pratiques pédagogiques variées :

- présenter l’information et la matière de différentes façons;
- différencier les moyens utilisés par les élèves pour démontrer leur savoir;
- stimuler l’intérêt et la motivation d’apprendre.

Ceci afin de « relever le défi de la diversité en offrant du matériel, des techniques et des stratégies pédagogiques souples qui permettent de différencier l’enseignement en fonction des besoins des élèves », tel que l’indique Cindy Perras, conseillère pédagogique sur le site de TA@l’école.

Dans tous les cas, au-delà de la transmission de notions académiques, l’école et l’enseignant prennent la posture de guides qui accompagnent l’élève dans son cheminement personnel et ses apprentissages, qui l’aident à découvrir ses forces et l’encouragent à trouver les sujets qui l’intéressent plus particulièrement, ceux qui le passionnent. Bref, la relation humaine est plus que déterminante dans l’ensemble du parcours scolaire.

Intervention 101
Malgré la mise en place de ces pratiques, il arrive néanmoins que des élèves éprouvent des difficultés. Troubles d’apprentissage, faible estime de soi, problèmes familiaux, relations avec les pairs hasardeuses, etc.; les facteurs sont encore une fois nombreux.

« Dès que quelqu’un détecte un risque par rapport à un jeune, il doit se mettre en action pour trouver des solutions. Que ce soit à l’école, à la maison ou même dans son entourage », soutient Mme Veronneau.

Selon elle, il est primordial d’intervenir le plus tôt possible pour éviter une accumulation de facteurs et des situations qui feront glisser le jeune vers un abandon. Pour illustrer son propos, elle cite une étude réalisée en 2015 démontrant que les élèves de l'école primaire perçus par leurs pairs comme étant agressifs et ceux qui présentaient déjà des difficultés scolaires avaient de la difficulté à persévérer même quand leurs parents étaient plus scolarisés que la moyenne. « Pour ces élèves, l’école doit agir comme facteur de protection. »

En tout temps, les interventions très serrées où plusieurs partenaires se mobilisent pour accompagner le jeune sont très porteuses. « La collaboration parents-école prend alors tout son sens. Les actions doivent être concertées. Le parent doit être un allié ou tout autre personne significative pour le jeune (entraîneur, mentor, etc.). Même si cela peut représenter un défi dans certaines situations, il est essentiel de bâtir un pont solide entre l’école et la maison. »

En matière d’intervention, quatre pratiques, mises de l’avant par l’Institute of Education Sciences aux États-Unis, sont également reconnues au Québec par le réseau PÉRISCOPE (Plateforme Échange, Recherche et Intervention sur la SCOlarité : Persévérance Et réussite) :

1- Faire le suivi du progrès de tous les élèves et intervenir de manière proactive lorsque des élèves montrent des signes précoces d’absentéisme ou de difficultés scolaires ou comportementales.

2- Fournir un soutien intensif et individualisé aux élèves ayant dévié de leur parcours scolaire et qui font face à d’importants défis pour réussir.

3- Favoriser l’engagement des élèves en offrant un curriculum et des programmes qui relient le travail scolaire à la réussite au collégial ou à une carrière et qui permettent le développement des compétences des élèves à gérer des défis intra et extra-scolaires.

4- Pour les écoles comptant plusieurs élèves à risque de décrochage scolaire, créer de petites communautés d’appartenance afin de faciliter le suivi et le soutien.

Par contre, quoi qu’on en dise, autant en matière de prévention que d’intervention, il semble qu’aucune pratique ne se démarque plus qu’une autre. « Les administrateurs scolaires et les décideurs disposent d’une grande variété de possibilités. La qualité de la mise en œuvre d’un programme sera beaucoup plus déterminante que le choix du programme lui-même. Ainsi, les programmes qui mobilisent l’ensemble du milieu et qui sont implantés de façon permanente auront plus de succès », conclut une étude sur le décrochage scolaire à laquelle a participé M. Guay en 2011.

Donc, il appartient à chaque établissement de choisir ou de développer des façons de faire qui tiendront compte des particularités de son milieu et des caractéristiques propres à la situation vécue. Il ne devrait jamais y avoir de solution mur à mur.

En complément:

La conception universelle de l’apprentissage, Dossier, Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur, avril 2015 

Conception universelle de l’apprentissage, TA@l’école, mai 2014

« Preventing Dropout in Secondary Schools », Guide pratique, Institute of Education Sciences, US Department of Education, Septembre 2017

« Quatre pistes d’action pour contrer le décrochage scolaire », Centre de transfert pour la réussite éducative au Québec (CTREQ), juin 2018

Dropout prevention and intervention programs: effects on school completion and dropout among school-aged children and youth, Étude, Sandra Jo Wilson, Mark Lipsey, Emily Tanner-Smith, Chiungjung Huang Huang, Katarzyna T. Steinka-Fry, 2011

Emerging psychopathology moderates upward social mobility: The intergenerational (dis)continuity of socioeconomic status, Marie-Hélène Véronneau, Lisa A. Serbin, Dale M. Stack, Jane Ledingham et Alex E. Schwartzman, Novembre 2015

Prévention auprès des familles et des enfants, présentation de George M. Tarabulsy, PhD, École de psychologie de l’Université Laval, avril 2016