Les défis supplémentaires de l’enseignement à distance

Les défis supplémentaires de l’enseignement à distance

Tout comme le processus de motivation et de persévérance scolaire est complexe, la décision d’abandonner l’est tout autant. « On ne décroche pas du jour au lendemain. Le chemin qui mène au décrochage scolaire est généralement un long processus. Par contre, on sait qu’il y a souvent un élément déclencheur et que les interruptions dans le parcours scolaire sont des moments critiques », affirme Mme Mayer-Périard.

Voilà entre autres pourquoi tant de gens ont craint une hausse marquée du taux de décrochage scolaire au printemps 2020 lorsque les écoles ont fermé leurs portes en raison de la pandémie. Depuis la rentrée, on observe d’ailleurs que le ministère de l’Éducation déploie beaucoup d’efforts pour maintenir les écoles ouvertes.

Parallèlement, l’enseignement à distance s’organise aussi afin d’éviter une coupure en cas de fermeture de classe ou d’école. Les cours doivent continuer d’être dispensés. D’ailleurs, à l’automne 2020 au cours de la 2e vague de la pandémie, plusieurs élèves de la 3e à la 5e secondaire ont vécu l’alternance école-maison, une journée sur deux.

Il y a de quoi raviver les inquiétudes sur la persévérance des jeunes en contexte virtuel, et dans le contexte général actuel, pourrions-nous même affirmer.

Des chercheurs de partout sur la planète ont entrepris des études afin de mieux comprendre l’effet de l’enseignement à distance sur la motivation des élèves et des étudiants. Comme la pandémie est somme toute récente, la majorité des résultats sont préliminaires et restent à être analysés plus en détail.

Par exemple, tout près de nous, à l’Université Laval, Frédéric Guay et son collègue Érick Falardeau ont débuté une étude en juin dernier. Ils souhaitent répondre précisément à la question : La motivation est-elle affectée par le contexte d’enseignement en ligne?

Deux écoles secondaires de la région de Québec ont accepté de participer à l’étude, chacune mobilisant 300 élèves du 2e cycle du secondaire, âgés entre 15 et 18 ans, tous confinés à la maison pour suivre leurs cours. Les élèves ont complété des questionnaires en ligne et les chercheurs ont comparé les données obtenues en contexte d’enseignement à distance avec celles obtenues en 2010 au moyen des mêmes questionnaires, auprès du même groupe d’âge, dans un contexte d’enseignement régulier, en classe.

élève« Pendant l’enseignement en ligne, les élèves des deux écoles sondées ont révélé se sentir moins compétents en français et en anglais par rapport aux élèves sondés en 2010. Même si les enseignants fournissent un bon soutien affectif, il semble que les élèves manquent de rétroaction par rapport à leurs apprentissages pour se sentir compétents. Cette donnée est importante dans la mesure où la perception de compétence est un prédicteur important de la réussite scolaire », indique les résultats préliminaires.

« Ces données obtenues dans la première phase de confinement, en juin 2020, pourraient être mises en écho avec une nouvelle vague de questionnaires, au moment où plusieurs classes du secondaire alternent entre enseignement en classe et à distance », fait remarquer M. Guay.

Santé mentale
Mais, encore faut-il que les élèves soient dans un état d’esprit convenable pour vivre l’enseignement à distance. Devant la possibilité de devoir suivre des cours à partir de la maison, de nombreux facteurs influencent la motivation des jeunes québécois en ce moment. 

Alors que plusieurs sont privés de contact avec leurs amis en-dehors des heures scolaires, privés d’activités parascolaires et d’autres activités de socialisation dans leur milieu, vivant de situations familiales pouvant être complexes, il est permis de croire que leur santé mentale en général puisse être affectée et que cela aura des répercussions sur les études.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs noté une hausse des demandes dans les services d’aide pour de l’anxiété et de la détresse psychologique liée à la crise sanitaire. Il a ainsi bonifié les services de façon à mieux répondre aux besoins spécifiques des jeunes de 0 à 25 ans et leur famille.

Souhaitons maintenant que les travaux de recherche se poursuivent pour bien saisir les effets de la pandémie sur les jeunes et ainsi pouvoir mettre en place de nouvelles mesures au besoin