D'autres raisons de vouloir être enseignant-influenceur

D'autres raisons de vouloir être enseignant-influenceur

Pour faire progresser le métier d’enseignant

Oui, nous sommes au 21e siècle, mais des enseignants font encore face à des comportements inacceptables de la part de certains de leurs collègues (par exemple, le racisme, le sexisme, l’intimidation, etc.). En plus de continuer à dénoncer ces situations, on peut envisager de la sensibilisation de manière complémentaire par des enseignants-influenceurs. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Jay Belzile avec sa vidéo « Être un enseignant LGBT ». Dans celle-ci, il a eu le courage d’expliquer dans ses mots et avec émotion sa réalité professionnelle. Bien que les vidéos de professionnels en détresse (de tous secteurs) diffusées sur les médias sociaux puissent jouer un rôle afin de faire bouger des choses, il faut aussi des vidéos où des professionnels de l’enseignement décrivent les mécanismes de leur résilience pour aider ceux qui vivent la même chose, tout en faisant de la sensibilisation pour améliorer la situation.

Pour répondre aux critiques médiatisées

Bien que les professionnels de l’enseignement obtiennent de plus en plus la possibilité de prendre la parole dans les médias traditionnels (voir par exemple Le blogue des profs du Journal de Montréal), de nombreux éditorialistes et chroniqueurs - qui n’ont jamais œuvré en enseignement - cassent du sucre sur le dos des professionnels de l’éducation jusqu’à en faire du diabète! Être « gérant d’estrade » de l’éducation est très rentable puisqu’une seule chronique négative permet de produire une multitude de lettres d’opinion ou de commentaires sur les médias sociaux. Après tout, en plus d’informer, ces médias veulent aussi interpeller et faire réagir afin d’augmenter leur visibilité.

Quoi qu’il en soit, des enseignants-influenceurs peuvent dépasser la simple lettre aux journaux ou le commentaire écrit sous une chronique en dialoguant directement avec les auteurs. Car commenter n’est pas dialoguer. Ajouter une émoticône fâchée ou outrée n’est pas dialoguer. Partager à d’autres n’est pas dialoguer. Dialoguer, c’est par exemple ce qu’a fait l’enseignant Pierre-Olivier Cloutier (EdCafé) en discutant en direct avec le chroniqueur d’une émission de QUB radio.

Bref, pour être plus efficace, le point de vue des enseignants doit être le fruit d’un dialogue avec les médias, et non se cantonner à une réaction indirecte. Parallèlement, il faut prendre conscience que ce dialogue doit être établi rapidement, car le chroniqueur ou l’éditorialiste ne demeurera pas longtemps concentré sur son opinion médiatisée. Son métier lui impose d’émettre de nouvelles opinions rapidement et l’éducation ne représente qu’un sujet parmi d’autres. Tout ceci revient aussi à faire en sorte que les enseignants vivent « l’éducation aux médias » pour mieux l’enseigner à leurs élèves.

Pour expliquer comment ça fonctionne sur le terrain

Bon nombre de vidéos ou d’images diffusées par des enseignants-influenceurs présentent leur classe et leurs élèves (quand ils en ont la permission). On peut alors voir la disposition des bureaux, le type de cahiers employés, l’utilisation des murs à des fins d’affichage, l’emplacement des outils technologiques, etc. En somme, ils décrivent et expliquent comment ils organisent l’espace, l’enseignement et l’apprentissage. Et cette explication peut très bien inspirer des collègues enseignants qui souhaitent modifier l’organisation de leur propre classe.

Par ailleurs, certains enseignants-influenceurs invitent dans leurs productions des collègues qui œuvrent en éducation, mais pas en tant qu’enseignants (par exemple, des spécialistes). Cela permet de donner la parole à des professionnels qui peuvent ainsi clarifier le rôle complémentaire qu’ils jouent dans le système, tout comme la nature et la portée de leurs interactions avec les enseignants. C’est d’ailleurs ce qu’on fait Trois filles et l’enseignement autrement en invitant une orthophoniste et une orthopédagogue dans leurs vidéos. De leur côté, dans leur baladodiffusion, Les Profs Podcast ont par exemple invité des techniciens en éducation spécialisée pour discuter avec eux de leurs tâches et de leurs relations avec les enseignants et les élèves.

Pareilles invitations devraient être lancées tant au personnel des écoles (directions, conseillers pédagogiques, etc.) qu’à celui des universités (professeurs, chargés de cours, etc.). Car, pourquoi vivre en silos quand on peut vivre en symbiose?

Pour favoriser le bien-être des enseignants

Toujours dans cette logique de la complémentarité des actions suggérées (et non dans la quête de la panacée), les enseignants-influenceurs peuvent aider leurs collègues à éviter l’épuisement professionnel en proposant diverses astuces à cet effet. C’est le cas de Valérie Cadieux qui décrit comment prendre soin de soi en tant qu’enseignante et de Pierre Gagnon qui discute du burnout en enseignement dans sa baladodiffusion Pierre qui roule. Parallèlement, Jay Belzile a détaillé dans une vidéo comment il a survécu à son début de carrière en enseignement, alors que Les Profs Podcast ont invité des enseignants retraités à discuter de leur parcours professionnel, ce qui permet de mieux comprendre comment traverser une carrière en enseignement.

Pour avoir du plaisir

Si les enseignants-influenceurs cités en exemple n’avaient pas de plaisir à faire ce qu’ils font, ils ne produiraient pas toutes ces vidéos qui prennent du temps à préparer, à filmer, à monter, à diffuser et à promouvoir en plus du temps requis pour gérer les interactions qu’elles suscitent. Les bloopers de 2018 de Trois filles et l’enseignement autrement sont un exemple éloquent du plaisir qu’elles y trouvent.

Pour l’entrepreneuriat

Certains enseignants-influenceurs font la promotion de leurs créations (par exemple, des cahiers) ou présentent des contenus commandités liés à l’éducation (tels des jeux de société). Bien que ce côté entrepreneurial fait grincer les dents de certains autres professionnels de l’enseignement, à notre connaissance, il n’y a pas encore de règles officielles à ce sujet, ou bien elles varient selon les commissions scolaires et les établissements. C’est une occasion fort intéressante pour des enseignants, mais elle nécessite une réflexion professionnelle de la part de tous les acteurs concernés, et surtout l’établissement de règles claires de la part des directions. Par contre, si le Programme de formation de l’école québécoise requiert de sensibiliser les élèves à l’entrepreneuriat, il serait profitable (notez le jeu de mots!) que des enseignants soient eux-mêmes engagés dans l’entrepreneuriat. Et le faire en tant qu’enseignant-influenceur, si cela est bien balisé, pourrait être une avenue à considérer.